Jeudi 7 Juin (suite)

 

Après un réveil Slovaque et quelques 30 kms, c'est en Hongrie que nous nous retrouvons. Des champs de fleurs violettes , de blé et de maïs à perte de vue autour de nous, nous longeons une piste cyclable à côté de la route. Nous n'avons pour le moment et depuis le début de notre aventure, eu la chance d'être principalement sur des pistes cyclables, en sécurité. La route ,par contre, est mauvaise, les racines des arbres ont créé des bosses sur les 50 premiers kilomètres que nous emprunterons. Nos fesses aujourd'hui ne souffrent pas trop, même si Jojo doit tenir fermement le guidon.

 

Nous nous arrêtons dans une petite échoppe, mince oui c'est vrai , la Hongrie a sa propre monnaie, le Forint. Cette monnaie n'a pas du tout la même valeur que l'euro et nous serons un peu perdu. ( Pour vous donner une idée un euro équivaut à environ 315,45 HUF.)

 

Je fais les courses pendant que Monsieur m'attend à l'extérieur avec toute notre maison sur roues. On fait systématiquement les courses chacun notre tour pour ne pas laisser nos affaires sans surveillance.

 

En sortant du magasin, j'en ai pour moins de 7€ pour la journée, généralement nous dépensons un peu plus. Le coût de la vie est il moins cher ici ?

 

Nous perdons l'eurovélo 6 au niveau de Gyor, dans le centre ville. 20 minutes plus tard, sans avoir trouvé de panneau d'indication, nous mettons l'application de carte en route. Nous retrouverons quelques kilomètres plus loin la bonne route.

 

Après une pause repas et une pause goûter ( oui , on mange beaucoup , et encore plus quand on fait du vélo... la bonne excuse) nous cherchons un endroit pour faire du camping sauvage. Cette fois nous sommes sur la grande route à côté des voitures, des champs de maïs et de blé nous entourent toujours. Des petits sentiers mènent à des endroits cachés de la route mais à chacun d'eux, nous découvrons des décharges à ciel ouvert, ce qui ne nous donne pas du tout envie de camper. Nous continuerons encore quelques kilomètres pour atteindre 104kms aujourd'hui et trouverons enfin un endroit perdu entre deux fermes ; l'herbe est tondue et quelques arbres peuvent nous cacher. Cela doit appartenir à une des fermes alentours. Nous croisons un fermier dans son tracteur et lui faisons signe pour qu'il arrête afin de lui demander l'autorisation de camper à cet endroit. Il nous fera simplement un signe de main en réponse et continuera son chemin. Il est 19h, nous prenons la décision de nous y arrêter.

 

Doudou fera cuire les pâtes et en fera tomber la moitié par terre en les égouttant, il manquera presque de s'ébouillanter les orteils, ce qui aura le don de l'agacer.

 

Après manger nous modifions notre emplacement, histoire de ne pas se faire réveiller en pleine nuit par un animal qui mange notre repas. ( Entre temps on aura refait une dose correcte de pâtes, pas de panique)

 

Nous installons la tente, j'entends comme des pas de chevaux, je me retourne et se trouve devant nous à quelques mètres un chevreuil. Wah ! Il détallera le plus vite qu'il le peut en poussant un bruit ( peut être pour prévenir les autres du danger éventuel de notre présence).

 

Une camionnette s’arrêtera non loin de nous ( à une distance trop grande pour aller à pied) et repartira ensuite. Que faisait il ? Était il le propriétaire ? Va-on se faire virer de notre spot en pleine nuit ?

 

Finalement personne n'est venu nous déranger mais j'ai relativement mal dormi , vers minuit à mon réveil je vois des flashs lumineux très rapprochés, je me demande si mes yeux me jouent des tours puis comprendrais ensuite qu'il y a des tas d'éclairs de chaleur dans le ciel, qui semble pourtant si dégagé. ( On peut même observer les étoiles).

 

J'ai eu un sommeil saccadé et pense avoir dormi en tout 4h.

 

Vendredi 8 Juin

 

Le soleil est de nouveau de la partie ce matin, et durera toute la journée, nous frôlons les 40°. Les routes hongroises (jusqu'à présent) sont mauvaises, il y a beaucoup de nids de poule et de bosses, il faudra une certaine dose de concentration à mon pilote pour ne pas nous entraîner dans une chute. Nous passons des chemins de terre un peu boueux et manquons à plusieurs reprises de glisser avec le vélo et toutes les sacoches. C'est bien la route de l'eurovélo 6 que nous empruntons. Nous ne croisons plus beaucoup de cyclo, un ou deux peut être.

 

Il nous est nécessaire de remplir les gourdes à plusieurs reprises tellement nous buvons sous cette intense chaleur. Il est possible que chacun de nous ai bu l'équivalent de 4 litres, mais c'est au moins toute la quantité que nous avons transpiré.

 

Les routes boueuses vont laisser place à la grande route, nous circulons maintenant à côté des voitures, qui ne gardent pas forcément leurs distances de sécurité.

 

Les choses deviennent difficiles lorsque nous entamons notre première montée, nos cuisses chauffent, nos corps transpirent et nos respirations sont haletantes. Nous longeons la voie ferrée et l'envie de prendre le train est forte, Jojo en rigole et me fais la proposition plusieurs fois. Il est épuisé. Il ralenti la cadence et pour l'aider à continuer et parce que ça m'oblige a appuyer plus fort sur les pédales, je lui dirai «  ne t'arrête pas, on y est presque. ». Je suis, moi aussi, épuisée, et ai la sensation d'avoir atteint des capacités physiques dont je n'avais pas connaissance. Je sais que je mets moins de force sur les pédales mais c'est là que nous voyons nos différences face à des épreuves physiques. Les blagues qu'on m'a souvent faites résonnent dans ma tête : " Ça va t'es tranquille toi , c'est lui qui pédale... tu peux te reposer !" Mon cul ouai ! :)

 

Je sers les dents, et je continue de monter cette putain de côte. Je n'ai pas à me plaindre, j'ai choisi de partir en tandem, avec les côtés positifs mais aussi négatifs que cela comporte et il est normal parfois d'arriver à des situations compliquées, qui demandent aussi  de se remettre en question sur nos objectifs et nos capacités.

 

Nous arrivons à Tarjan au bout de nos vies, après 85km  et avec une envie folle de dormir. Malheureusement, nous pensions être au calme sur le terrain de jeu du village, comme lorsque nous le faisions en Allemagne mais des groupes d'enfants se succéderont jusqu'à la tombée de la nuit. Nous hésitons à dormir ici mais il est tard, nous ne nous voyons pas pédaler de nouveau aujourd'hui. On installera le campement sous des grands arbres, à l'abri des regards, sous une chaleur assommante.

 

Plus d'une heure plus tard, le vent s'engouffre dans la tente et dans les feuilles des arbres et nous entendons le tonnerre qui gronde. L'emplacement est très mal choisi, nous laisserons l'ensemble de nos affaires pour ne prendre que la sacoche importante et nos manteaux , et iront nous « cacher » sous le porche de ce que nous pensons être une salle de sport . Nous attendons patiemment que l'orage passe. On s'endort presque mais il fait froid. Plus d'une heure plus tard, les éclairs s’éloignant, nous rejoignons la tente.

 

Il pleuvra une bonne partie de la nuit. Le soleil se lèvera vers 5h, impossible pour moi de me rendormir.

 

Samedi 9 juin

 

Après une deuxième très courte nuit, nous entamons cette dernière journée en direction de Budapest, sous la pluie. Ne nous plaignons pas, c'est le premier jour où nous aurons de la pluie en journée. Il est 7h, il y a de nouveau des côtes et la route ne semble toujours pas très bonne. Il y a une soixantaine de kilomètres pour Budapest, si tout va bien, nous y serons avant midi.

 

Nous montons une première côte durant 10 km, c'est dur de bon matin mais on se dit que finalement sous un soleil comme on a eu jusque là , on n'y arriverai pas. On est contents qu'il pleuve et qu'il fasse plus frais.

 

Après la première montée, il y a une descente, qui nous vaudra une crevaison. La route étant si mauvaise et avec la vitesse, Doudou a du mal à anticiper les aléas de la route, un « escalier » de goudron et la roue avant semble à plat. Ici , un magasin , pendant que je ferai quelques courses, Jojo , sans chercher à comprendre, changera la chambre à air . ( Il cherchera le trou à réparer lorsque nous serons posés , au sec)

 

Nous montons la deuxième côte, plus pentue et plus dure encore que la première. On se motive, on rigole ( les nerfs sûrement) Au bout des 50kms de calvaire nous attend une grande descente jusqu'au centre ville de Budapest, il est midi, les rues sont désertes, est ce que c'est parce qu'il pleut que personne n'est dehors ? Je trouve ça étrange.

 

Nous passons sous un tunnel et c'est assez drôle en vélo et nous traversons un pont le Széchenyl lanchid. Il y a maintenant des tas de touristes dans des kways de la tête aux pieds, semi fluos semi transparents. Il a également beaucoup de parapluies aux couleurs de la Hongrie.

 

Ça y est, nous y sommes !!!! Nous avons atteint Budapest. C'est comme un soulagement de réussite que d'en être là. Nous sommes à un total d'environ 1500km et nous sommes à BUDAPEEEEEEEEEST. C'était pour moi une première grosse étape de ce voyage. Nous nous dirigions vers l'Est, à présent nous irons vers le nord pour pouvoir aller rejoindre Moscou.( deuxième grosse étape)

 

Nous avions déjà réservé une auberge de jeunesse pour ce soir et demain soir dans le but de se reposer et de pouvoir visiter Budapest sans bagage. L'auberge se situe au centre ville et nous avons eu l'agréable surprise de trouver des prix plutôt bas. 5€ la nuit par personne, en pleine capitale... Nous avions peur de trouver un endroit « miteux » mais nous sommes très agréablement surpris par la propreté du lieu , et l'arrangement.

 

  • Si Budapest est une destination qui est susceptible de vous plaire, je vous conseille vivement l'auberge 11th Hour Cinema Hostel. Je n'ai pas pour habitude de faire de pub pour aucun lieu mais là , c'est une perle.-

 

Et si nous prenions le temps et que nous restions une nuit de plus? Nous avons besoin de nous arrêter et de profiter. Nous repartirons mardi matin pour la suite de notre voyage. En attendant, nous allons aujourd'hui nous reposer, et surtout prendre une douche. Nous avons envie de visiter à tête reposée.

 

Jusqu'ici , la Hongrie n'est pas le pays que nous apprécions le plus, je ne sais pas si nous devons mettre ça sur le compte des événements mais les décharges à ciel ouvert, la pluie et les orages, les montées … tout ça ne nous laisse peut être pas apprécier la Hongrie à sa juste valeur.

 

Je trouve, jusqu'ici , que la population n'est pas souriante et nous avons croisé très peu de gens qui nous ont salué ou même répondu. Ce que nous avons vu jusqu'alors nous semble d'une autre époque. Les bus et les voitures sont les mêmes que dans les années 80 en France . Nous n'avons pas eu l'occasion de rencontrer des warmshowers hongrois, j'aimerai pouvoir découvrir et échanger sur la culture.. Peut être que nous nous faisons des fausses idées sur ce pays. Nous aurons encore quelques jours pour découvrir la Hongrie.

 

Dimanche 10 Juin

 

Après une nuit reposante, malgré le bruit ambiant de l'auberge, nous sommes prêts à découvrir cette capitale Hongroise. Budapest, on déjeune et on arrive.

 

 

 

9h30, c'est sous une chaleur étouffante que nous commencerons la visite de la ville. Nous rejoignons le Danube pour pouvoir y voir les «  attractions » les plus importantes.

 

Nous voyons de l'autre côté de la rive le palais de Budavar et nous ne résistons pas à l'envie d'y monter. Il faut reprendre le pont que nous avons traversé hier en tandem. Aux pieds du palais , un joli funiculaire que nous ne prendrons pas, il ne fonctionne pas et de toute façon on avait envie de transpirer un peu aujourd'hui , ça nous manque...

 

Nous avons une vue imprenable sur tout Budapest ou plutôt sur pest, car Budapest est en réalité scindé en deux. Buda sur la rive occidentale et donc à l'ouest, Pest, sur la rive à l'est;

 

Nous longeons le palais dans l'idée de rejoindre le bastion des pêcheurs. Wahou , une église, la Matthias Church trône au milieu de cette place, elle est belle avec ses tuiles vernissées multicolores. A côté se trouve donc le Bastion avec ses 7 tourelles , et si nous nous approchons, nous pouvons avoir une vue panoramique de la rive en face avec  le parlement , le fameux pont Széchenyl lanchid ainsi que le Danube. On aurait bien voulu monter en haut d'une des tourelles mais bien évidement , c'est touristique , il faut payer. Pas grave, on a été déjà assez impressionnés. Nous continuons notre visite de la ville en descendant , en longeant le Danube, face au parlement , qui est aussi très impressionnant par sa prestance.

Nous traversons ensuite le Danube par l'un de ses 3 ponts, le Magrit Hid. Nous sommes sur la rive Est, nous découvrons la gare que nous trouvons jolie et nous passons devant une petite échoppe de tasses et théières à pois, heureusement fermée car j'aurai tout dévalisé, j'adooooore !

 

Dans ces rues, nous observons une concentration importante de gens pauvres.C'est une grande ville et on pourrait se dire que « c'est normal » et ne pas y prêter attention, prendre les choses intéressantes en photo et basta, mais je n'arrive pas à faire abstraction de ce que je vois, d'un côté l'opulence du tourisme et de la grande ville et de l'autre , la pauvreté. Les gens dorment à même le sol, sont alcoolisés pour oublier peut être leur quotidien d'inquiétude et de précarité.Auraient besoin de soin ( un homme a des journaux en guise de bandage sur des plaies aux jambes). Depuis combien de temps n'ont ils pas eu accès à une douche ? Nous nous plaignons lorsque cela fait 2 ou 3 jours, nous avons peur de dormir dans un parc sous la tente lorsqu'il pleut, qu'il y a de l'orage mais ces gens là dorment sur un carton en pleine rue... ils doivent être terrifiés. Nous n'avons pas le droit de nous plaindre de notre condition de vie lorsque je suis face à ce genre de situation et je ne comprend pas qu'il y ai tant d'inégalités. J'aurai voulu les prendre en photo pour vous partager aussi mon ressenti en image mais par respect pour ces gens je ne l'ai pas fait.

Après un repas sur le pouce vite avalé , nous longeons la rue Andrassy ou nous y découvrirons la basilique saint Istvan, l'opéra , la maison de la terreur, qui retracer l'histoire des régimes fasciste et communiste en Hongrie. Nous arrivons ensuite au Városliget parc ; ici se trouve sur la place centrale l' Hősök tere ( la place des héros) , nous découvrons sur l'eau, au bord du Vajdahunyad castle, des gens sur des pédalos et des barques. L'envie est trop forte, nous avons envie de faire un tour de barque, le prix nous semble peu cher, 5 € pour un tour à deux, ça va. Cela nous permettra de passer un bon moment dans notre premier transport autre que notre deux roues depuis le début de ce voyage.

Ensuite nous découvrons le parc du château , un homme est assis par terre et joue du hang , c'est cette instrument de musique particulier métallique à la forme d'une lentille. Le son de cet instrument est un peu semblable à celui d'une harpe ou d'une cloche avec une sonorité qui me transporte et je pourrai rester là des heures. Je ne sais pas si cet homme a un toit sur la tête mais il fait la manche en jouant de cet instrument. Nous nous arrêterons un moment pour écouter et lui demanderai pour le prendre en photo, ce qu'il acceptera.

 

Nous passons par les thermes Széchenyi. Un monde fou dans les bassins nous fera renoncer à une éventuelle baignade. On aime pas vraiment les bains … de foule:)

 

Nous rentrons à l'auberge, sous la pluie et les orages, après cette longue journée de marche, des images plein la tête.

Lundi 11 Juin

 

Aujourd'hui ne sera pas la journée la plus productive et je n'ai pas grand chose à en raconter. Nous profitons d'être posés dans une auberge pour prendre le temps de déjeuner et réfléchir à notre trajet à venir. Demain, nous quittons l'eurovélo 6, que nous avions perdu de toute manière, pour tenter de récupérer l'eurovélo 11 à quelques kilomètres à l'Est, qui semble-il, n'est pas bien indiquée et en voie d'aménagement. Autant dire que la facilité avec laquelle nous avons eu à nous déplacer sur l'eurovélo 6 le long du Rhin puis du Danube, c'est terminé.

 

Nous planifions donc approximativement le trajet jusqu'à Varsovie (capitale polonaise) Nous devrions ,selon nos plans, y être dans deux semaines environ.

 

Nous prenons aussi le temps d'envoyer des messages à des gens par le biais de Warmshower et de Couchsurfing histoire de pouvoir rencontrer et échanger mais aussi ne pas dormir qu'en camping sauvage. On aime ça, mais pendant les orages c'est un peu moins plaisant.

 

 

 

Nous profiterons cet après-midi d'un « beer spa » à une heure de marche de l'auberge, aux thermes , Széchenyi .Et oui , on s'est dit qu'on avait aussi le droit à un moment de détente, quoi de mieux donc qu'un spa dans une eau thermale mélangée à du houblon, du malt, de la levure et des sels de bain pour nous détendre? Et il paraît que la bière a beaucoup de vertus alors notre gosier en a aussi bien profité.

 

 

Après ce moment de détente ,nous marchons en direction de la Synagogue, c'est la plus grande d'Europe et l deuxième plus grande du monde.

 

Ensuite, nous cherchons une laverie pour pouvoir faire une machine car à l'auberge, ils sont surbookés par le lavage des draps et ne peuvent donc pas nous prêter les leurs.

 

A la laverie, ce sont deux jeunes femmes qui s'occupent du linge, des tas de paniers sont remplis et elles sont débordées. «  repassez dans la nuit ».

 

Nous ne pourrons donc pas laver notre linge en machine et je me retrouverai à frotter dans la baignoire de l'auberge et à l'étendre sur la rambarde de notre étage en nous demandant si demain le linge sera sec … La prochaine fois, on s'y prendra plus tôt.

 

Nous finissons cette chaude journée par une promenade dans les petites ruelles de la ville puis à ranger nos affaires.

 

Demain, notre vie de nomade reprendra.

Mardi  12 Juin

 

Premier jour de reprise après notre pause à Budapest, nous sommes motivés et avons quelques réponses positives de warmshowers pour dormir. C'est une super nouvelle. Ce soir par contre, ce sera camping sauvage .

 

Nous prenons donc la route qui n'est plus indiquée par de jolis panneaux eurovélo, nous suivons le GPS. Nous empruntons beaucoup la route de voiture, mais ici il n'y a pas beaucoup de trafic, nous ne sommes pas vraiment dérangés. En revanche, les routes sont toujours aussi bossues et demandent à monsieur de la vigilance.

 

Il fait de nouveau chaud et le soleil nous tape sur les bras, Jojo aura le droit a un coup de soleil.

 

La route est en montée le matin et en descente l'après midi mais ça ne nous pose pas de problème aujourd'hui, le repos nous a fait du bien, nos fesses ne souffrent plus et nous sommes de nouveau motivés. Lle paysage est assez semblabe à ce que nous voyons depuis le début de la hongrie : des champsde maïs, de blé, de tournesols encore verts et quelques villages.

 

Après 82 km nous décidons de nous arréter pour poser notre campement. Le choix a été difficile : Jojo a trouvé un petit endroit en lisière de forêt, entouré d'eau. S'il pleut ou qu'il y a de l'orage, ce n'est pas un endroit hyper sécurisant. Nous trouvons un terrain de foot ou jouent des enfants. Un peu plus loin une aire de jeu avec une fontaine d'eau potable. Il est 16h30, nous nous poserons ici pour peut être revenir sur le terrain de foot losqu'il n'y aura plus personne.

 

Nous profitons encore des rayons de soleil et d'une balancelle pour nous reposer. Nous mangeons la salade que nous avions préparé ce midi . ( Généralement on en fait toujours un peu plus pour ne pas avoir à cuisiner deux fois).

 

Le ciel commence a se noircir et nous craignons l'orage. Nous sommes près d'un complexe sportif, des salles de sport sont encore ouvertes mais ces locaux semblent sous surveillance automatique. Juste à côté, un club de boxe. Sur le perron, un beau chat gris fait sa sieste.

 

Jojo m'attend avec le vélo à quelques mètres de là, je tente ma chance et rentre. Un homme semble s'occuper de l’entraînement de trois femmes. La salle est petite et assez vétuste. « Szia ! Do you speak English ? » , l'homme me sourit gêné, me signe non de la tête et me montre une des dames, qui elle, comprend l'Anglais.

 

Je lui demande s'il est possible pour nous de dormir dans la salle de boxe cette nuit parce que l'orage se prépare. Elle traduit à l'homme, il regarde par terre : « Ici ? » Il se dit sûrement que ce n'est pas des plus confortables pour dormir, mais pour nous c'est largement suffisant. «  Oui, bien sûr ».

 

Je suis ravie et leur dit chaleureusement « Közönom » , Merci en Hongrois. Pour nous c'est inespéré , nous n'osons jamais demander l'hospitalité mais depuis quelques jours il y a de l'orage chaque soir et c'est difficile, et quelque peu effrayant. Pour une fois que j'ose demander, on nous répond oui

 

Ils nous disent de revenir quand l’entraînement sera fini, dans une demi heure. Nous resterons sur le perron en compagnie du chat, qui demandera des caresses. Il est drôle, il ronronne fort. Il a une oreille tombante ce qui lui donne un air attendrissant.

 

L'entraînement se fini, on nous demande à quelle heure nous souhaitons partir demain matin : 8h au plus tard. L'homme est d'accord, il nous donne la clé, nous explique ou la mettre demain matin en partant. Il nous montre les WC et la douche. Il semble chercher quelque chose et revient avec un oreiller qu'il dépose au milieu du ring, et deux couvertures. Il cherche encore, nous lui disons que nous avons tout, il revient avec un tapis de sol. Il voudrait que nous soyons au mieux.

 

Il dit que le chat peut rester dehors, nous salue et s'en va.

 

C'est incroyable, une personne qui ne nous connaît pas nous fait confiance et nous laisse les clés de son local avec tout son matériel. Il essaye même d'améliorer notre couchage en cherchant des couverture et de quoi faire un bon lit … Tous ne le ferai pas et nous avons du mal à nous remettre de ce signe de bonté.

 

Bien évidement nous nous prendrons pour des boxeurs quelques minutes, la tentation d'essayer était trop forte, pour ensuite visiter un peu les lieux : il y a 4 ou 5 pièces, dont les carreaux des fenêtres sont cassées pour certaines, en guise de poignée de porte, des cordes ou rien, les pièces sont encombrées de choses diverses , poussiéreuses et hors d'usage.

 Peut importe, la pièce principale est plutôt propre, même si une odeur de transpiration persiste. C'est nous ? Nous nous douchons. Non ce n'est pas nous …

 

Puis nous couchons sur nos matelas.

 

Vers minuit, dehors, l’orage gronde et la pluie tombe à grosses gouttes. Je m'approche de la porte, le chat miaule pour rentrer. Il finira sa nuit sur le ring de boxe, sûrement comme à son habitude.

Le vent s'engouffre à l'intérieur, les portes aux carreaux cassées claquent, mais nous sommes à l'intérieur et rassurés. Nous finirons la nuit au son de la pluie qui frappe le sol et du vent qui siffle. Là, nous mesurons la chance énorme que nous avons.

 

Mercredi 13 Juin

 

A 8h, après avoir laissé un mot en hongrois ( merci google traduction), le chat est dehors , nous déposons la clé à l'endroit indiqué et nous repartons.

 

Nous ne savons pas encore ou nous dormons ce soir mais en fonction du temps , peut être dans un camping.

 

Nous croiserons des gens dans des villages, intrigués par notre étrange vélo. Nous avons l'impression que cette région est pauvre: les maisons sont vieilles, il manque des tuiles dans les toits, des fissures dans les murs. Certains se déplacent sur des vélos presque hors d'âge et d'autres encore sur des charrettes, tirées par des chevaux.

 

La route est droite aujourd'hui et la météo est clémente : il ne pleut pas mais il fait moins chaud que les autres jours. A midi, nous nous arrêtons dans une petite ville, sur une place, nous prenons le temps de manger. Des groupes d'enfants accompagnés de leurs professeurs peut être passent et tous regardent en notre direction. Certains chuchotent, d'autres montrent du doigt. Nous devons être étranges pour eux.

 

Une envie pressente me forcera a aller demander d'empreinter les WC dans le commisariat juste à côté. Il faut attendre qu'on nous ouvre pour entrer. Le monsieur au guichet baragouine quelque chose, en regardant au dessus de ses lunettes et en écrivant une adresse sur un timbre. Je pense que c'est bon et lui demande s'il parle Anglais. Il hausse le ton... Oups, il devait être en train de me dire de patienter. Assis non loin des hommes menottés. L'ambiance n'est pas la plus sympathique mais j'ai trop besoin d 'aller aux Wc .

 Je réitère ma demande lorsqu'il lève les yeux et attends sur moi. Il ne parle définitivement pas anglais et cherche quelqu'un. La dame arrive et m'accompagne. OUF...

 Je sors, Jojo me dira : « dis donc ma Popo, l'orage et les envies urgentes ça te fait faire n'importe quoi ! », deux jours de suite et deux demandes, je crois que je commence à apprendre a avoir besoin des autres et c'est plutôt cool.

 

Le temps se couvre et nous n'avons pas envie de pédaler sous l'orage et la pluie. Nous reprenons la route et arrivons dans un chemin de terre et de boue... terriblement difficile et ça semble être comme ça pendant quelques kilomètres encore. Le vélo s'embourbe, nous devons en descendre et nous avons du mal à le pousser tellement la boue s'est inserée entre la roue et le garde boue, à l'avant, comme à l'arrière. Nous finirons par renoncer et faire chemin arrière pour reprendre une route bétonnée. Nous pédalerons vite cet après midi et finirons les 40 kms en moins de deux heures. Nous sommes à un total de 97km aujourd'hui , je suis exténuée.

 

Je suis menstruée( et oui, la féminité en voyage c'est compliqué) et je pense que j'ai un peu moins d'énergie et surtout des douleurs compliquées à gérer assis sur une selle. Je reviendrai sur « la féminité en voyage » d'ici quelques jours parce que je commence à avoir pas mal de choses à raconter.

 

Nous échappons à la pluie mais le ciel est toujours menaçant. Nous irons au camping, pour être surs de pouvoir nous abriter en cas de besoin. Jojo en profitera pour nettoyer le vélo.

 

Il y a eu de la pluie mais finalement pas d'orage, la nuit sera bonne pour moi, un peu moins pour Jojo qui aura du mal à trouver une position agréable pour dormir.

Jeudi 14 Juin

 

Ce soir, nous savons où dormir , et allons chez un warmshower hongrois. J'ai hâte de découvrir la culture et la façon de vivre hongroise de l'intérieur et avoir une image fondée de ce que je pense être la hongrie.

 

En attendant, nous reprenons les routes hongroises sous un ciel maussade ce matin , et pluvieux cet après midi. Seul le spectacle des cigognes nichées qui nourrissent leurs bébés pourront nous ravir. Nous n'avons que 72km à faire ce jour et les feront assez facilement malgré le vent de face toute la matinée et la côte cet après midi à 10% sur quelques kilomètres. L'impatience, sans doute, de rencontrer nos hôtes. Nous arrivons à Miskolc un peu tôt et attendons un peu avant d'aller chez nos hôtes. Nous avons rendez-vous à 18h.

 

C'est un immeuble, ils habitent au 7ème étage et nous nous demandons s'il y aura un ascenseur pour monter le vélo ou s'il sera dans une cave.

 

A 18h, nous sonnons chez Laszlo et Agnès. Agnès, âgée d'une cinquantaine d'années, ouvre la porte et descendra avec son fils, Viktor, qui est un peu plus jeune que nous. Lui parle anglais, Agnès pas du tout. Ils nous montrent la cave, où déposer le vélo, en sécurité, puis montons tous les 4 dans l'ascenseur. Leur appartement me fait penser aux maisons et à la déco de nos parents il y a une vingtaine d'années. beaucoup de bibelots, de photos dans des vieux cadres et une déco assez vintage. Laszlo est encore au travail, il ne va pas tarder. En attendant son arrivée, une douche nous est proposée, que nous acceptons volontiers. Je propose mon aide à Agnès pour faire à manger, elle refuse. Laszlo rentre du travail et nous salue en français.Il parlera ensuite en Anglais, il me demande si je suis végétarienne, c'était écrit sur warmshower. Oups, Agnès a fait un gratin de pâtes avec de la viande, ce n'est pas grave, il y a une jolie salade composée que je mangerai. Elle s'empresse d'aller à la cuisine et me fera un gratin de pâtes sans viande. Je suis gênée mais ça semble lui tenir à cœur. La barrière de la langue est compliquée mais je sais dire merci en hongrois, et un sourire expressif suffira, je l'espère, a lui montrer toute ma reconnaissance. Viktor mangera avec nous et partira avant la fin du repas, il est à l'université et doit rentrer tôt.

 

Nos hôtes ne cesseront de nous proposer de nous resservir, encore et encore. Nous n'avons plus faim mais faisons honneur au plat, et au dessert.

 

La timidité de l'arrivée commence à disparaître et Laszlo se montrera bavard. C'est un homme très souriant et expressif. Malgré son niveau d'anglais plutôt faible, nous arriverons à comprendre, il fait beaucoup de gestes et de mimiques, à la façon Louis de Funès. Je lui en ferait part au cours de la soirée, il connaît, ça le fait beaucoup rire et Agnès semble d'accord avec ça.

 

Il fait du vélo, en général une 15ène de jours par an, il part seul et fait 2 000km ou plus , sur les routes d'Europe. Il est fou et rapide. Il est fan du tour de France et collectionne les gourdes lancées par les coureurs lors du tour. Il en a plus de 100. Il est déjà venu plusieurs fois voir le tour de France. Il fait aussi beaucoup de courses et dans son couloir trône une roue de vélo à laquelle est accroché un nombre incalculable de médailles.

 

Après le repas, ils nous proposent d'aller à un concert en plein air, pourquoi pas , ça nous fera découvrir. Ici, sur la place en face de la mairie, une grande scène avec un groupe «  Budapest bar » , ils chantent en hongrois et jouent de l'accordéon. Laszlo dira qu'il a demandé aux musiciens de jouer pour nous car nous sommes là ce soir. «  French Musique !! »

 

Nous rencontrons Judith, la meilleure amie d'Agnès. Elle est peintre et créatrice de bijoux en céramique notamment. Elle a les cheveux rouges, est coquette et joviale. Elle parle un peu français et Agnès semble avoir envie de nous poser beaucoup de questions, en passant par le biais de son amie. Laszlo est parti chercher des bières, dont une pour Jojo. Il est tellement adorable.

 

Nous danserons sur la musique hongroise, Lazslo m’entraînera dans une danse pendant que Judith et Jojo se trémousserons tranquillement. Agnès, réservée, se contentera de faire des petits sourires et des mouvements de tête. Nous passons la soirée avec eux, et c'est un moment vraiment agréable.

 

A la fin de la soirée, nous disons au-revoir à Judith. Elle détache le collier qu'elle a autour du cou et s'approche de moi, je ne peux pas refuser , elle l'a déjà passé autour de mon cou avant même que j'ai eu le temps de dire quoi que ce soit. Je sens ma gorge se serrer et les mots ne viennent pas. Je pense qu'à cet instant mon regard et ma main posée sur ce collier veulent dire bien plus que le son qui sort de ma gorge. Merci , merci beaucoup. Je prend ce cadeau comme une protection pour notre voyage. Comme si elle allait veiller sur nous par ce collier. Cette femme, que je ne connais que depuis 1h m'offre le collier qu'elle porte autour du cou et qu'elle a fait elle même … Impensable. J'aurai du mal à m'en remettre et suis à deux doigts de pleurer.

 

Sur le chemin du retour Laszlo demande à Agnès de faire des selfies de nous 4 , comme il l'a déjà fait pendant le concert.

 

Il m’entraînera à faire du piano en pleine rue, à courir sur la place... C'est un enfant, il me fait beaucoup rire. La barrière de la langue parfois peut vite tomber, simplement en s'amusant, en dansant, et en profitant de la vie.

 

Aujourd'hui je vais me coucher avec une image changée de cette Hongrie.

 

Je pense qu'on voit l'image d'un endroit en fonction de ses émotions, et de ce que l'on a envie d'en faire. Au début de la Hongrie nous étions fatigués et avons pu transmettre cette émotion dans des observations négatives et erronées. Quoi qu'il en soit, les Hongrois que nous venons de rencontrés ont été fabuleux, d'une gentillesse et d'une hospitalité sans limite et je suis heureuse d'avoir pu profiter de ces moments avec eux. Merci Lazslo, Agnès, Viktor et Judith de nous avoir ouvert les yeux sur la Hongrie et sur notre propre perception des choses.

 

 

 

Vendredi 15 Juin

 

Nous quittons Miskolc avec Laszlo, qui a très envie de nous accompagner. Il fera l'effort d'aller à notre rythme et nous prendra en photos à de nombreuses reprises. Il nous parlera des abricotiers et du château que nous verrons plus tard sur la route lorsqu'il ne sera plus avec nous.

 

Nous faisons une vingtaine de kilomètres avec Lazslo, puis il doit aller travailler et nous quitte. Ce moment a été fort en émotion, nous nous disons au revoir sur le bord de la route, il est toujours très souriant , essaye de dire à Jojo de prendre soin de moi pendant ce voyage. Il nous fait des bizoux, nous remontons sur le tandem , il nous poussera en courant et en criant : « go,go,go,goooooo » Et nous nous quitterons ainsi, j'ai les larmes aux yeux, et je crois que Jojo aussi. Nous ne connaissons Laszlo que depuis hier soir et le lien a été intense. C'est dur, et c'est la première fois que je ressens ça depuis que nous rencontrons des gens.

 

Nous parlerons d'eux encore quelques kilomètres.

 

Nous traversons les routes hongroises, il y a énormément de vent, c'est difficile et ça nous ralenti beaucoup. Surtout que c'est une route vallonnée , qui demande donc beaucoup d'énergie à parcourir.

 

Nous passons dans beaucoup de petits villages, entre chaque, des champs de blé et de maïs. C'est beau mais ce paysage est semblable à celui que nous voyons depuis de début de la Hongrie.

 

Nous arriverons le soir à un endroit de camping gratuit mais autorisé à l'entrée d'un village au nom complexe : Hidasnéméti . Ici , des toilettes sèches, des tables en bois et des coins de verdure, seul problème, il n'y a pas de point d'eau , mais les gourdes sont presque remplies. Dans chaque village ou presque en Hongrie nous trouvons des petites fontaines bleues qui servent à remplir les gourdes , faire notre vaisselle et nous rafraîchir. La place de camping est en bord de route et ce n'est pas du grand standing mais on s'en accommode, c'est gratuit et légal. Nous dormirons là cette nuit après un repas rapide de pâtes à la sauce tomate. Nous sommes très fatigués de cette journée à lutter contre le vent. On ne mettra que quelques minutes à nous endormir

 

Samedi 16 Juin

 

Dernier jour en Hongrie.Nous quittons notre endroit de camping et atteignons les terres slovaques quelques vingt kilomètres plus loin...