Mercredi 15 Août

 

Nous arrivons donc avec notre couple de Mongols en Mongolie, ils nous déposerons au bord de la route, et on leur donnera donc 400 Roubles comme prévu (5€ environ), après avoir récupéré nos affaires et notre vélo, sous les yeux des habitants curieux. Quelques Mongols nous attendent pour „changer nos Roubles russes en Tugrik Mongols”. Nous faisons le change. ( On perd moins de 2€ sur la somme totale, et lui au moins il reprend toutes nos pièces, pas comme aux banques de change.) C'est avec le convertisseur de devise que nous allons devoir nous dépatouiller car 1€ vaut 2 800 Tugrik.

 

 

 

C'est reparti pour quelques 25 kms - durant lesquels nous croisons déjà des Yourtes et des cavaliers avec leur troupeau de moutons, la Mongolie promet d'être dingue,- jusqu'à Sukhabaatar, la ville dans laquelle ous prévoyons de prendre un transport jusqu'à UlanBaatar, la capitale. ( Nous avons 30 jours sur notre Visa pour visiter la Mongolie et préférons prendre notre temps après la capitale.) Nous recroisons Nicolas et Mathilde, qui ont pris place dans un bus direction UlanBaatar.

 

A la gare, c'est un peu compliqué de communiquer avec la responsable, qui ne parle pas anglais. ( Petit détail, ici , on semble se moucher „comme les footballeurs”, et c'est un peu déconcertant de la part d'une femme plutôt élégante.) Nous finissons par nous comprendre et elle s'en excusera des dizaines de fois : il y a un train de nuit, qui nous fait arriver demain matin à la capitale. Pour une vingtaine d'euros, nous passerons la nuit dans le train et le tandem sera pris en charge et installé dans le wagon bagage.

 

Ici déjà les gens nous semblent souriants et attentifs, on se sent bien et on sent que l'aventure Mongole nous promet de jolies choses.

 

Nous sommes contents de prendre le train, il nous semble plus „mythique” que le transsibérien. , l'intérieur est en bois, les couchettes plutôt „vintage” avec des protèges sièges dans un tissu foncé et „cousu d'or”. On se croirait dans le Poudlard Express, à la différence que les visages et les discussions sont Mongols. Nous passerons la début de la soirée dans notre couchette, seuls, à regarder les paysages défilés jusqu'à ne plus pouvoir rien voir à cause de la nuit, puis un couple de jeunes Mongols nous rejoindra en pleine nuit.

 

Jeudi 16 Août

 

La nuit est courte et à 6h30 nous sortons du train, récupérons le tandem au dernier wagon, tranquillement, remontons les quelques pièces démontées et partons à la découverte de la Capitale et à la recherche d'une auberge pour nos 3 prochains jours ici. C'est dans la grosse circulation, sous les klaxons impatients et de l'air pollué que nous rejoignons le centre de la ville, et arrivons sur la place Gengis Khan. Au centre de cette place trône une statue de Sukhbaatar ( le Lénine Mongol) sur son cheval. Jojo aura envie de faire la même pause … mais avec są monture, légèrement différente.

 

Au fond de cette place, nous pouvons observer le parlement avec en guise de „garde”, une énorme statue de Gengis Khan, le fondateur de l'empire mongol, qui siège, entouré de deux cavaliers mongols.

 

Sur są gauche se trouve l'opéra théâtre a la devanture rose et tout autour, de grands buildings.

 

Nous trouverons l'auberge dont nous avait parlé Bogdan à Irkoutsk. Le khuvsgul lake hostel n'est pas le moins cher mais c'est assurément une auberge calme, propre et au centre du centre ville avec une superbe vue de UlaanBaatar, du haut du 22ème étage. L'auberge se veut semblable à un hôtel, et pour cause, elle fait les deux. Nous serons seuls dans notre chambre de 4 lits, avec salle de bain privée et petit déj' inclus. Le grand luxe pour nous, pour un prix d'auberge.

 

 

 

Nous passerons la journée, fatigués par le train, à se détendre dans la chambre, et a penser à nos futures visites à la découverte de UlaanBaatar.

 

Vendredi 17 - Samedi 18 Août

 

Malheureusement, UlaanBaatar est une ville où l'on ne s'y attarde pas, il ne semble y avoir que très peu de choses à voir. Nous avons vu hier la place centrale, il est intéressant de faire la visite de quelques temples et du NaranTuul ( le black market).

 

Nous visiterons donc vendredi le Monastère Gandan Tegchenling. L'entrée nous coûte 3€ pour nous deux. C'est d'après le flyer, le „ centre bouddhiste de Mongolie” et pour cause, ce sont des écoles pour les jeunes moines, où nous y voyons les enfants, accompagnés de leurs professeurs, réciter les prières. Ce moment est apaisant et je resterais quelques minutes à les observer.

 

Les pièces dans chaque temples sont colorées et vives. C'est magnifique. Le plus impressionnant temple est sans aucun doute Le Migjed Chanraisig, qui abrite la statue du Bouddha de la compassion. Cette statue ornée d'or atteint une hauteur de 26,5m de haut, elle touche le plafond. Tout autour, c'est mille statuettes du dieu Amitabha (Ayush) que nous observons et deux statues de lions en pierre sont de chaque côté de cette immense statue. C'est impressionnant.

 

Un moine demande à un homme de supprimer les photos qu'il a pris dans ce temple, oups, je me ferai discrète, car je venais tout juste d'en prendre une.

 

Samedi, c'est la visite du NaranTuul ( le grand marché) que nous décidons de faire. Il faut dire que nous sommes à la recherche de chapeaux d'aventuriers pour affronter le soleil brûlant de la Mongolie et préserver notre nez. On avait lu qu'il fallait faire très attention aux pickpockets et décidons de ne prendre que la copie de nos passeports et la monnaie nécessaire.

 

Le marché est énorme et c'est un concentré de culture Mongole : ce sont des étales entières de tissus, bottes, vêtements, accessoires chamaniques, nécessaire pour un trek dans les steppes ou pour meubler są yourte, accessoires pour futurs écoliers, vaisselle, meubles, accessoires pour vélo … mais aussi beaucoup de contrefaçons en provenance de Chine ou de Corée ( lunettes de soleil, chaussures, vêtements …) .

 

On sent tout de même beaucoup l'influence de la Corée ici, et pas que dans les étales du marché. Beaucoup de magasins ou de produits sont „made in Korea”.

 

Le contraste d'UlaanBaatar est d'ailleurs assez important : entre modernité et yourtes, culture soviétique et temples bouddhistes, nous sentons que c'est une ville oscillant entre moderne et traditionnel.

 

 

 

Nous finirons notre „ séjour dans la capitale Mongole” par faire des courses alimentaires nécessaires pour notre périple à venir. Nous remplirons aussi notre poche d'eau de 10L, ne sachant pas la prochaine fois que nous allons pouvoir trouver de l'eau potable.

 

Nous sommes prêts.

 

 

 

Nous partagerons notre chambre avec deux coloc' coréens pour notre dernière soirée... Ils mâchent la bouche grande ouverte et piaffent à tout va ( ce qui a toujours le don de m'agacer), écoutent des vidéos un peu fort sur leurs téléphones, ronflent comme des ogres asthmatiques et partent à 5h30 du mat' en faisant un boucan d'enfer … De quoi nous procurer un „ouf” de soulagement au claquage de porte après leur départ.

 

Au moment d'ouvrir les yeux le matin : en plus, ils ont laissé leurs emballages de bonbons, gâteaux et bouteille … AU SOL!

 

La notion de „respect des autres” n'a pas la même signification pour tous apparemment.

 

Nous avons d'ailleurs observé beaucoup de gens (sans faire de généralité bien entendu) typés coréens, dans notre auberge, laisser leur vaisselle sale, des papiers sur le sol et rendre des chambres semblable à un lendemain de fête … J'ai beaucoup de mal avec cette notion de „ y'a bien quelqu'un qui va le faire pour moi...” Au secours.

 

Dimanche 19 Août

 

C'est après cette nuit un peu sur les nerfs que nous partons , sourire aux lèvres à l'idée de découvrir et de traverser cette Mongolie à Vélo.

 

La poche d'eau de 10L est remplie, nous avons assez de nourriture pour tenir plusieurs jours … et la motivation est là. Quitter Ulaan Baatar ne sera pas le plus simple, mais finalement mon chauffeur de tandem gère à la perfection les grandes villes maintenant. Les quinze premiers kilomètres, la route était chaotique, nids de poule, trafic dense , camions qui klaxonnent „ attention c'est moi que v'la”, nous ne sommes pas une priorité dans la circulation mongole et c'est casques bien fixés sur la tête que nous sortirons de là.

 

Les quarante kilomètres suivants , la circulation est toujours aussi dense mais la route est bonne, et nous grimpons.

 

Les voitures klaxonnent maintenant pour nous saluer, les mains sortent des fenêtres pour nous faire coucou ou un pouce en l'air, nous filmer ou photographier. On se prendrait presque pour des coureurs du tour de France. Une voiture s’arrête, une petite tête Mongole nous sourit et nous tend deux petites bouteilles d'eau. Pas facile d'attraper au vol, elle aura besoin de l'aide du grand bras de son papa pour nous atteindre. „ Bayarlalaa” est l'un des seuls mots que nous connaissons en mongol pour le moment. Et ce „merci” nous servira encore à peine 5 minutes plus tard lorsqu'une femme nous tend, de są voiture, une bouteille fraichement achetée de thé glacé en nous lançant un „ Welcome in Mongolia” avant de disparaître dans la ville voisine.

 

On hallucine un peu et encore une fois j'ai envie de pleurer de toute cette gentillesse gratuite.

 

Maintenant, le trafic est plus calme et les routes sont vallonnées, nous nous arrêtons pour manger, en plein soleil, faute de trouver un petit coin d'ombre ( on va devoir s'y habituer, les arbres ça court pas la steppe).

 

Cet après-midi déjà , la Mongolie nous offre un spectacle animal et végétal que nous n'aurions pas espéré si beau : chevaux, aigles, chèvres, moutons, vaches et Souslik ( petites marmottes des steppes) se mélangent dans les steppes vallonnées et infinies de la Mongolie . Nous sommes déjà sous le charme.

 

Nous parcourons 100km, le vent dans le dos, pour enfin chercher où dormir ce soir. Nous croisons quelques yourtes et nous déciderons de forcer le destin et d'aller à la rencontre de ses habitants. C'est près de la Yourte de Histig Duiam, Suvdaa et leur fils Bat-Ayiguu que nous dormirons ce soir.

 

La communication est relativement compliquée, ils ne parlent pas anglais et je déciderais donc d'accompagner mes gestes de mots français et nous arriverons a nous comprendre. On leur montrera la carte avec notre parcours à vélo et en train, et le trajet à venir, le papa nous prendra en photo, et nous ferons de même. Ils vivent ici tous les trois mais ils ont d'autres enfants plus grands qui semblent vivre ailleurs. Ils semblent s'installer de quelques jours, la cheminée ne sera montée que ce soir.

 

La Yourte est petite, un poêle au centre, une armoire et deux lits de part et d'autre de la yourte. Bat-Ayiguu, d'abord plutôt sur la défensive, s’adoucira après que nous lui ayons donné un genre de snickers acheté à Ulaan Baator, et nous apprendra les noms des animaux que nous voyons au loin, en Mongols ( que nous oublions très vite). Histig Duiam, le père , nous montre ses chevaux au loin, il en a une dizaine et il semble en être fier. J'ai mille questions en tête mais pas facile de formuler et de se faire comprendre. Ils s'absenteront avec leur voiture ( nous pensions que c'était pour aller manger ailleurs , mais non, on a mal compris, c'était pour ramener des affaires dans leur yourte).

 

Pendant leur absence, et un peu avant la nuit ( ici le soleil se couche un peu après 20h) le voisin de yourte à quelques 500 mètres de là,éleveur de chèvres et moutons, viendra nous rendre visite sur są moto avec 3 de ses filles et nous dira explicitement de venir chez lui , manger le mouton fraîchement tué. Bon, on est pas prêts, Jojo a peur d'être malade dès son premier jour, et je flippe un peu de me retrouver devant une assiette de mouton à devoir manger sans haut-le-cœur. On sait que ça ne se fait pas, mais nous déclinons l'invitation. Ils resteront un petit moment avec nous et partiront ensuite chez eux, rejoints finalement par nos „hôtes”,, qui s'y rendront en voiture.

 

( En y repensant, je suis partagée entre le soulagement de ne pas avoir été confrontée à ça et la déception de ne pas être rentrée réellement dans le quotidien de la vie de nomade mongol... allez, la prochaine fois, on dit oui... enfin peut être … on verra )

 

Lundi 20 Août

 

C'est au lever du soleil que nos voisins se lèvent. Nous déjeunons tous les deux, nous ne savons pas ce qui est bien ou mal venu, nous évitons d’empiéter leur espace vital et resterons à distance, tout en restant ouvert.

 

Nous repartons dans la matinée, en saluant nos voisins.

 

 

 

 

Aujourd'hui encore le vent est dans notre dos et nous poussera sur une centaine de kilomètres à nouveau. Les yourtes sont font plus rares et nous ne croisons aucun magasin de la journée. En revanche un nouveau spectacle de chevaux qui galopent dans les steppes et même de chameaux nous est offert. Wahou!

 

Nous avions envie de grands espaces et d'animaux en liberté … on peut ire que nous sommes servis.

 

Les animaux ne sont pas sauvages, ils appartiennent à des éleveurs mais ils disposent de tout l'espace qu'ils désirent. Malheureusement, la route qui traverse la Mongolie est une grande route et il n'est pas rare de croiser des animaux morts sur le bas côté (chevaux, chèvres … ), parfois seuls les os, parfois c'est une image plus difficile à voir, surtout à vélo. ( On vous raconte pas l'odeur,qui nous donnera des hauts- le-cœur.

 

Le ciel est brumeux depuis ce matin et nous ne trouvons pas de yourte depuis des dizaines de kilomètres. Nous décidons de nous arrêter dans la steppe, nous sortons donc de la route pour nous en éloigner. Nous tombons nez à nez avec une horde d'une dizaine de chevaux en liberté, ils sont tout près , ils nous regardent et nous aussi, c'est fou et nous sommes impressionnés.

 

Ils s'en iront au galop sous nos yeux.

 

Nous installons la tente, en faisant attention de ne pas nous mettre sur des trous des Sousliks ( ces petites marmottes des steppes) Il y en a des dizaines.

 

Nous mangerons, installerons la tente et irons nous coucher avant que le soleil n'ai fini de tomber, avant 21h.

 

En pleine nuit, c'est le bruit de respiration de chevaux qui nous réveille. „ Ils ne sont vraiment pas loin” , parfois dans la tente, on a du mal avec les distances, on pense qu'ils sont juste devant la porte alors qu'ils sont à quelques mètres. Nous sortons et voyons, au clair de lune, les ombres des chevaux galopants dans la steppe, ils sont nombreux, peut être un peu moins d'une trentaine. C'est un peu flippant mais tellement magnifique...

 

J'aurai du mal à me rendormir : „ Ils voient la nuit ? Non parce que sinon ils vont galoper sur la tente et nous écraser !” ( Oui, je suis légèrement flippée de tout, pour rien, dans ma tente.)

 

Mardi 21 Août

 

Nous fêtons nos trois mois de voyage, c'est peu sur le temps total que nous avons prévu mais c'est déjà beaucoup de souvenirs, de rencontres, de culture, de pays traversés, de sueur perdue, d'émotions échangées, de coups de pédales, de jours hors de notre „zone de confort” et de temps loin de nos proches. Nous avons l'impression d'être partis depuis six mois tellement il s'est passé de choses depuis le départ de France mais nous avons tellement à découvrir encore.

 

Après ce petit déjeuner sans la présence de nos amis de la veille ( dommage), nous reprenons la route, le vent nous accompagne toujours, mais nous devons faire attention, nous ne sentons pas la chaleur intense car nous avons du vent mais nos visages et nos avants bras sont déjà très colorés.

 

Crème solaire sur le nez et chapeau d'aventuriers ( qui n'a vraiment pas la classe escomptée mais ça protège vraiment bien, pour le style on repassera. - cela dit, nos fringues de voyage sont loin d'être à la pointe de la mode et on s'en fou, on est bien dedans.)

 

Nous croisons ce matin quelques yourtes équipées de gros panneaux solaires, avec toujours nos chevaux journaliers ( ici ils sont accrochés à côté de la yourte).

 

Nous profitons d'un énorme panneau à l'abandon en bord de route, qui nous fera de l'ombre pour faire une pause purée- haricots rouges- ketchup ( Quoi ? C'est super bon et c'est ce qui se conserve le mieux dans nos sacoches) et une petite sieste qui sera écourtée par un klaxon et des grands signes de 3 gars dans leur jeep, qui reviennent du sud de la Mongolie. Ils s'arrêtent et font marche arrière, sortent de la jeep et viennent nous saluer avec vivacité. C'est 3 copains russes d'une 50ène d'année, le visage blanc de crème solaire.Viktor, le conducteur, nous montrera les photos de la frontière Mongole et ils expliqueront qu'ils vont maintenant vers le nord, que c'est cool qu'on fasse ça en tandem et prendront des tas de photos avec nous. Chacun veut są photo et c'est avec leurs 2 appareils qu'ils en feront.J'avoue, on en a aucune, j'avais la tête encore dans ma sieste. M'enfin, ils nous auront fait rire.

 

Encore aujourd'hui, nous voyons beaucoup de cadavres d'animaux dans le fossé, heureusement moins que des animaux profitant de la verdure des steppes et de la liberté pour courir, se rouler, manger...

 

Nous ne voyons que très peu de yourtes et toutes sont à des kilomètres de la route principale. Je peste un peu, j'ai envie de rencontrer les Mongols dans leurs yourtes moi ! Doudou me répondra :” Tu aurais le choix, tu vivrais aussi loin de la route Popo … donc c'est normal” Oui bon c'est vrai …

 

Nous trouvons dans l'après-midi une ville pour nous recharger en eau et nourriture. Nous trouvons un supermarché, où les curieux nous demandent d'où nous venons et où nous allons, touchent le tandem pour savoir si les deux pédalent en même temps, si mon guidon peut tourner tout seul, si nos pneus sont bien gonflés …

 

Nous roulerons plus de 90kms sous un soleil de plomb, où chaque pause est un supplice car nous n'avons plus de vent lorsque nous ne pédalons plus et qu'il n'y a pas une zone d'ombre... On préfère rouler, même si nos fesses voudraient s'arrêter.

 

Depuis notre départ d'Ulaan Baatar, nous croisons des camions chargés à ra bord, avec souvent des chargements à la limite de tomber, sous de grandes bâches vertes attachées à la „va-vite” et Jojo ne s'étonnera même pas du camion qui s'est renversé sur la route, et qui, à notre passage, semble là depuis un moment, le chargement éparpillé mais toujours sous les bâches ( on ne saura jamais ce qu'ils transportent dans leurs énormes camions). Moi ça m'impressionne et j'aurai voulu prendre une photo mais l'accident est sous contrôle et directives de la police pour faire la circulation sur cette unique route ( cependant peu fréquentée).

 

En fin d'après midi, le ciel derrière nous s'assombrit et les nuages nous entourent, nous avons peur (surtout moi) de se prendre un orage sur le coin du nez. C'est impressionnant, le ciel semble soudain vouloir nous engloutir. „ Il faut trouver une Yourte, au moins par sécurité...”

 

Nous faisons au moins 2km, à côté du vélo dans le sable, sous le ciel menaçant, pour rejoindre la yourte que nous avons aperçu au loin. Un chien aboi, il y a des chevaux, des tas de pneus et une petite baraque en bois. Nous appelons au loin, mais le chien a déjà prévenu le propriétaire des lieux. On n'a pas envie de s'approcher trop prêt. Personne ne sort, pas de voiture à proximité ( ils ont pour la plupart des mongols, tous un véhicule que ce soit une voiture ou une moto) .

 

Il y a personne, on s'en va. Nous rebroussons chemin de nouveau sur 2km et continuons notre route, dans l’espoir de trouver une yourte plus loin...

 

Au bout de plus de 10km nous abandonnons l'objectif, et l'orage semble être passé plus loin.

 

Nous installons notre yourte .. euh notre tente... loin de la route, sur les hauteurs. A la nuit tombée, nous voyons les chevaux traverser la route, non sans stress qu'ils se fassent percuter par des voitures à vive allume.

 

Dans la nuit nous nous faisons réveillés à deux reprises, par les chevaux (encore) et par le vent et a pluie. Il y a beaucoup de vent et la pluie inonde la tente, dans la partie „ bagages”, ouf, tout a survécu mais nous avons eu un peu froid.

 

 

 

Mercredi 22 Août

 

C'est sous la tente que nous déjeunons et remballons méticuleusement toutes nos affaires et enfilons nos vêtements de pluie. Nous avons fait seulement une quinzaine de kilomètres et nous sentons déjà la pluie transpercer nos imperméables. On aperçoit un hôtel, et on se dit qu'on ne va „quand même pas pédaler sous cette pluie battante toute la journée, on a le temps, arrêtons nous...”

 

Dommage pour nous, il est en construction et c'est un homme torse nu, à peine réveillé qui nous dit que c'est fermé. Et merde! Pas le choix, on pédale.

 

Au bout d'une heure, la pluie cesse et le vent sèchera nos vêtements en quelques minutes. Il pleuvra de nouveau un peu la journée, mais finalement, ça ne nous empêchera pas de faire 100 kilomètres.

 

Ici, c'est plutôt plat, c'est un désert non pas de sable mais parce qu'il n'y a pas âme qui vive, même au loin, pas de yourte sur les kilomètres. Nous voyons la route droit devant nous sur des kilomètres et des kilomètres. Nous recroisons des chameaux au bord du seul petit lac de la région, et des cochons avec leurs petits sur le bord de la route, qui nous regarderons intrigués.

 

Nous forcerons encore le destin et irons à la rencontre d'un Mongol dans są yourte. Nous parcourons plus de 3km dans la steppe de sable, de bosses et d'herbes sèches, pour rejoindre l'unique yourte à des kilomètres, juchée en haut de la colline.

 

Nous entendons la télévision, alimentée par le chargeur solaire extérieur et la parabole, deux motos et une voiture gardée sous une protection entourent la Yourte. Bayag, le propriétaire timide, nous accueille et nous autorise à poser notre tente à proximité. Il a des chèvres et des moutons ( un nombre incalculable) et une vingtaine de chevaux. Il vit seul et nous dit que „ses enfants” vivent ailleurs, plus loin. Il fume są cigarette roulée dans un espèce de papier journal, chapeau sur la tête, bottes de cuir aux pieds. L'image typique que je me faisais du Mongol, manque plus que le grand manteau et la ceinture colorée...

 

Nous lui offrons une part de notre repas ( riz et légumes chauds) qu'il mangera dans są yourte pendant que nous serons devant notre tente.

 

Il sort ensuite sur są moto, et roule vers ses chèvres avec un grand bâton à la main(que je prend pour un sabre, n'importe quoi … ): „ oh putain Doudou, j'ai fait une connerie, il va aller tuer une chèvre pour nous offrir à manger à son tour, merde non je veux pas voir ça, au secours!” ( Relativement grossière lorsque je suis en stress, et j'ai pas tout écrit … )

 

Bon en fait non, pas du tout, il les a simplement rapproché de są yourte pour la nuit …

 

Je regarde trop les documentaires Arte...

 

OUUUUUF

 

Il nous rendra l'assiette avec des „croquettes séchées” dedans, je lui demande ce que c'est et il me montre ses bêtes. Du mouton séché ? A première vue et à l'odeur , ça ressemble à rien de connu, mais ça sent le sucré. On ne saura pas, on les a gardé dans une petite boîte et on demandera plus tard à quelqu'un.

 

A la tombée de la nuit, une camionnette s'approche de są maison, et c'est une famille qui y rentre après nous avoir salué au loin. Leurs deux garçons, très souriants, sont venus voir la tente.

 

Ils finiront tous la soirée chez Bayag , où j'aurai espérée être invitée mais ça n'est pas le cas. Je repense à notre premier jour et à notre „chance” loupée de voir le „repas mongol”...

 

Ils dormiront chez Bayag, sur le sol surement car nous avons vu l'intérieur de są yourte, qui ne disposait que d'un petit lit pour lui.

 

Nous serons réveillés en pleine nuit par l'une de leurs 4 enfants, qui pleura pendant plus d'une heure.

 

Jeudi 23 Août

 

A notre réveil, ils sont déjà tous levés et le père et ses deux garçons installent un fil tendu à l'aide de deux bâtons plantés dans le sol, semblable à ceux que nous avons déjà vu, qui servent à accrocher les chevaux à proximité de leurs maisons.

 

Nous les saluons et ils nous répondent chaleureusement.

 

L'un des deux garçon ira chercher à pied le troupeau de chèvres et moutons et les ramènera à l'aide de cris et cailloux dans une boite en plastique pour les faire avancer jusqu'à la yourte de Bayag.

 

Ils feront tous les deux un petit tour de tandem avec Jojo et nous partirons après leur avoir dit au revoir et merci, un peu déçu de ne pas avoir „partagé” plus de moments avec eux, mais contents d'avoir vu leur quotidien.

 

Nous repartons, sur la route plate et le vent de face. C'est une journée un peu difficile. Nous sommes à notre 5ème jour sans douche et dans la tente. Notre zone de confort est clairement très loin de nous.

 

Le désert de Gobi apparait de plus en plus, les zones sont plus arides, nous ne voyons que quelques rares animaux et aucune yourte à l'horizon. Quand on sait que près de la moitié de la population mongole vit à la capitale … ça réduit nos chances de croiser des yourtes au bout d'un moment …

 

Ce midi , c'est avec la bâche sur le tandem, et avec l'aide du vent, que nous nous ferons un petit coin d'ombre.

 

Nous parcourons presque 90km jusqu’à Saynshand, la capitale de l'aïmag (= province) de Dornogovi, dans l'est du désert de Gobi. Connue pour są gare, par laquelle passe le transmongolien , en direction de Pékin.

 

Nous ferons un stop dans cette ville, dans un petit hôtel, histoire de se décrasser, de faire un petit ravitaillement et de se reposer, avant d'affronter les 220 km qui nous séparent de Zamin Uud, la ville frontière avec la Chine.

 

Vendredi 24 Août

 

C'est la chaleur du soleil qui cogne aux fenêtres de notre chambre qui nous réveille. Déjà ce matin on se dit qu'on va rester une nuit de plus, parce qu'on a besoin de repos et une nuit de sommeil n'a pas suffit à nous rebooster assez, et on a le temps, le visa est bon pendant un mois, on sera largement à la frontière avant.

 

D'ailleurs, on aurait pu faire un tour avec un „tour opérator” dans les steppes à bord d'une jeep, d'un van ou d'un 4x4, on aurait pu avoir un guide et un chauffeur pour nous expliquer la culture mongole et les habitudes, on aurait pu rencontrer des familles et manger avec eux, partager des „bons moments” mais tout ça serait rythmé par l'argent et donc peu naturel, le „tourisme” et ce n'est pas ce dont nous avons envie. Nous avons envie de rencontres naturelles, de découvrir „par nous même”, de se dire qu'on a traversé la Mongolie a vélo est une satisfaction personnelle et même si nous ne visitons pas tous les lieux touristiques „ à voir”, la Mongolie pour nous c'est celle-ci, sur notre tandem.

 

Nous avons vu des animaux libres de près, nous n'avons pas fait de balade à cheval ou en chameau ( je suis contre l'utilisation touristique d'animaux), pour les nomades c'est leur mode de vie ( quoi que de plus en plus rare car ils sont, semble-il, à la recherche d'un certain confort et de modernité) mais quoi de plus anormal que de faire une balade sur un animal dressé pour divertir?

 

 

 

Revenons à la journée de ce vendredi. Nous sommes donc à Saynshand, et d'après ce que nous lisons, peu de choses à voir.

 

Soit, nous irons nous promener dans la ville pour voir ce qui peut nous y plaire. Ici et là des marchands de fruits et légumes, des hommes fumants sur les pérons des maisons, des maisons de bois mélangées à la beauté des yourtes, assez déroutant en pleine ville au milieu de tous ces grands bâtiments „neufs”. En haut de la colline, qui nous aura donné une petite suée, pas pour la hauteur mais à cause de la chaleur, et du reflet du sable sûrement, nous découvrons une vue imprenable sur la ville et ce mélange des genres dont je parlais à l'instant .

 

Une statue de „ Dashiyn Danzanvaanchig” , un révolutionnaire mongol, à côté d'un char de l'ex-URSS.

 

En bas de la colline, un temple que nous irons visiter, pas le plus beau que nous ayons vu mais toujours impressionnant de couleur, et nous assistons encore à la prière des moines.

 

Nous passerons le reste de l'après-midi à nous reposer, comme prévu.

 

Cette nuit nous ne dormirons pas bien, les gouttes des climatiseurs extérieurs tombent sur l'étage du dessous, le nôtre … le Ploc ploc des gouttes résonne sur la tôle et nous aurons beaucoup de mal à trouver le sommeil.

 

Samedi 25 Août

 

Un peu tendu de cette courte nuit, nous quittons cet hôtel impatients de retrouver le calme des steppes.

 

Il fait chaud encore aujourd'hui, le vent est sec et lourd, pas d'ombre de la journée.

 

 

 

Au loin dans l'autre sens, nous avons l'impression que cette moto avance bien trop lentement pour une moto, et elle semble chargée de sacoches à l'avant... , Han serait-ce un cyclotouriste ?

 

Mais OUIIIII, enfin nous retrouvons un cyclo sur cette route. C'est une jeune fille, elle s'arrête et nous prenons le temps de discuter. Nanna est Danoise, elle est en voyage en sac à dos depuis maintenant six mois et en Chine , elle a décidé d'acheter un vélo et l'équipement nécessaire à Pékin pour poursuivre są route. Elle dit qu'elle en a assez d'être une touriste, que l'aventure se vit à vélo aussi. Elle nous informe que la route est bonne jusqu'à la frontière, et qu'elle a eu aussi l'expérience avec des Mongols en Yourte, et qu'elle non plus , n'a pas mangé avec eux.

 

Nanna repartira quelques 30 minutes plus tard.

 

Nous en profitons pour faire notre pause repas ici. Une voiture passe devant nous, s'arrête plus loin, fait demi-tour et arrive jusqu'à nous. Une famille mongole, portables à la main, joue les paparazzis et nous prend en photo : nous deux puis avec le papa, puis avec la fille, puis avec la maman … Nous sommes presque des bêtes curieuses avec nos visages européens, notre tandem et notre popote qui cuit sur le feu.

 

Ils repartiront, sans dire un mot.

 

Après notre boulgour-légumes de midi ( au final, on mange pas si mal sur la route) , nous repartons, le vent de face pour le reste de l'après-midi. Nous sommes considérablement ralentis , et devons même pédaler dans les descentes.

 

AU bout de nos petits 70km, nous voyons trois yourtes au loin chacune d'un côté de la steppe. Notre choix s'arrêtera sur la dernière yourte, plus nous nous approchons et plus nous apercevons des animaux. Des chevaux ? WAH, ce sont des chameaux. Une femme est en train de traire une chamelle.

 

L'homme qui nous accueil, Khortog, dont nous apprendront plus tard qu'il est le père de notre hôtesse, nous dit de nous installer.

 

Nous nous installons, ils nous observent de loin, puis leur proposons des chocolats pour lier communication (la nourriture, en général, ça marche bien).

 

Saran-shemek, notre jeune femme, habite ici avec są fille Han-hodel, qui a moins d'un an. Le papa n'est pas là pour le moment, nous le verrons brièvement dans l'après-midi.

 

Saran-shemek nous invitera a nous asseoir dans są yourte pour nous offrir du lait très sucré avec une petite dose de café soluble, du pain et des morceaux de „moutons séchés”. Elle nous expliquera en fait que ce mouton séché (et celui qui nous avait été offert mercredi) est en réalité du lait de mouton séché et nous montrera comment elle obtient ces morceaux, au goût fortement prononcé de vomi de bébé. Et il faut le dire, c'est franchement dégueulasse, et eux semblent en raffoler. On se forcera a finir notre morceau, avec une lampée de lait caféiné, mais nous n'en reprendront pas.

 

Sa yourte est très „pauvre”, un matelas au sol pour elle et są fille, quelques vêtements sur un sac , une petite table avec des ustensiles de cuisine posés. Rien d'autre si ce n'est la centaine de mouches qui tentent de se poser sur nous ou dans les plats proposés.

 

A côté, une deuxième yourte avec un poêle au centre, celle qu'elle utilise pour cuisiner et s'occuper de la fabrication de son lait.

 

Nous croiserons des amis à elle, sur leurs motos. Ils s'occupent de brûler les poils de la tête de mouton qu'il restait sûrement de la veille (ou d'avant) pour la manger ce soir. Nous assistons à cette scène et Saran-shemek me montrera comment elle la nettoie et qu'elle la cuit avec quelques autres morceaux de viande, sur le poêle, alimenté par les crottes de chameaux. J'aurai donc finalement vu que oui, en effet, les mongols mangent bien du mouton bouilli et consomment beaucoup de lait.

 

Le reste de l'après-midi et de la soirée, elle s’affairera à traire les chamelles et les vaches, elle y passera beaucoup de temps et me montrera avec soin comment elle s'y prend.

 

Elle a aussi des chèvres et des moutons dont sont père s’occupera de rassembler.

 

J'observerai cette femme si brave et courageuse, pendant des heures , qui prend soin de chacune de ses bêtes et laisse les petits téter avant de prendre le lait pour są consommation personnelle. Nus communiquons et je lui montre nos familles et amis avec les photos que nous avons pris, elle me demande si à „paris city” on voit des animaux comme ça, si on fait la traite. Je lui dit que oui, elle ne s'imagine sûrement pas la différence entre ici et la France.

 

Nos échanges sont surtout dans le regard, les gestes et elle ne cessera de me fixer comme pour „essayer de me comprendre”. Nous sourions et rigolons beaucoup toutes les deux.

 

Elle s'occupera de ses animaux jusqu'à la nuit tombée ( sans jamais vouloir de mon aide) pendant que son père gère są fille, car en Mongolie, c'est aux femmes de traire les animaux.

 

J'aurai envie de lui dire à quel point je l'admire, qu'elle est une vraie femme courage et qu'elle prend soin de tellement de gens avant de prendre soin d'elle ( nous compris) Je lui montrerai qu'elle est une femme forte, elle sourira timidement, je pense qu'elle a compris.

 

 

 

Nous irons nous coucher ( sur le conseil de notre hôte), nous en avons profité pour manger les restes du midi, et Saranshemek reviendra toquer sur la tente et nous chercher pour goûter la tête de mouton bouilli … Nous refuserons gentillement en lui expliquant que nous avons mangé.

 

( D'avoir vu la préparation, c'est totalement impossible psychologiquement pour moi d'aller goûter à ce repas dont je ne ferai pas honneur. Je préfère ne pas la vexer en faisant la grimace)

 

 

 

En pleine nuit, c'est pas les hurlements d'une chamelle que nous nous faisons réveillés en sursaut... Elle semble vouloir quelque chose car est juste devant la yourte, mais personne de lui répondra ( mis à part ses copines chamelles un peu plus loin)

Dimanche 26 Août

 

Nous nous réveillons, alors que Saran-shemek est déjà en train de s'occuper de ses bêtes. Elle nous observe ranger nos affaires et notre tente au loin.

 

Au moment de notre départ, elle semble nous éviter et sortira raidement de la yourte pour nous saluer. Elle semble triste de nous voir partir, et j'aimerai pouvoir lui dire qu'on lui enverra une carte ou qu'on communiquera par internet … mais ce n'est pas possible. ( Quoi écrire sur l'enveloppe ? Yourte N° 55, à gauche de la route en direction de la frontière ? … ) C'est dur de partir mais nous avons passé un bon moment, même si nous parlons pas la même langue, parfois, il se passe quelque chose de fort et je crois que ce fut le cas.

 

 

 

Nous repartons donc, en observant cette yourte s'éloigner au loin dans la steppe, en se disant que nous ne la reverrons plus.

 

Je repenserai à ces moments longtemps aujourd'hui encore, avec une pointe de nostalgie.

 

 

 

 

 

Nous commençons a puiser dans nos derniers litres d'eau mais pouvons encore tenir jusqu'à demain, jour d'arrivée à la frontière. Sur notre chemin, une station essence, peut être qu'il y aura de l'eau ici ( pour être sûrs de ne pas en manquer). Et finalement, nous continuerons notre route car arrivés devant la station, deux gros molosses traversent la route en courant sur nous et en aboyant. Mes mains se serrent sur mon guidon : „ On ne s'arrête pas, c'est mort !” La technique de l'arrêt ou de rouler doucement ne sera pas tenté, nous pédalons à toute vitesse, et sèmerons les deux gros chiens, dans la descente juste après.

 

Ouf, une bonne grosse frayeur, on avait oublié que les chiens coureurs de vélo existaient, nous n'en avions plus rencontré depuis le début de la Russie.

 

 

 

Nous roulons un peu moins de 100km. Le paysage est relativement changeant aujourd'hui , c'est un paysage un peu plus „désertique” que nous observons, du sable autour de la route, la terre est si sèche qu'elle est craquelée, il fait encore lourd et le vent est chaud. Nous voyons parfois au loin des mini tourbillons de vent soulevant le sable dans l'air.

 

 

 

Il est maintenant presque 17h, il nous reste une petite 50ène de kilomètres jusqu'à Zamin Uud, l frontière, nous décidons donc de nous arrêter.

 

Jojo part en éclaireur pour trouver un endroit sympa où poser la tente, pendant que je reste sur le bord de route avec le vélo.

 

Une voiture à l'immatriculation mongole s'arrête, un jeune homme en sort, observe le vélo, me sourit. Il m’écrit sur son téléphone qu'il est sourd. Sa famille qui l'accompagne en profite pour une pause pipi.

 

Il nous propose de venir dormir chez lui ce soir gratuitement, à Zamin Uud, et de mettre le tandem sur le toit de la voiture. On se regarde avec Jojo : „ C'est quand même dommage de ne pas finir nos derniers 50 kilomètres de la traversée de Ulan Baatar à la frontière non ?” Nous lui expliquons ( et finirons par discuter avec są sœur qui parle un peu anglais) que nous voulons finir en vélo mais que s'ils veulent bien, nous pouvons les rejoindre demain chez eux, vers 13h. Ils acceptent, nous montrent leur adresse sur maps.me et nous offre deux bouteilles en verre avant de partir.

 

 

 

Nous trouvons un endroit derrière une petite butte, à l’abri des regards de la route, dans une ancienne rivière surement, maintenant devenue un banc de sable. On aura dormi dans ce sable du désert de Gobi, enfin!

 

Nous posons le vélo et buvons les boissons chinoises données par les gens chez qui nous irons demain. Nous pensions à de la bière, c'est en réalité une boisson pétillante „goût chewing-gum”, un truc bien chimique mais qui nous fait du bien finalement après une journée si chaude.

 

 

 

Nous installons la tente, je prépare mon petit tas de cailloux ( en cas de rencontre avec des loups mangeurs de Popo) , une popote de riz-lentilles corail plus tard, nous sommes prêts pour dormir, le soleil ayant fait place à une pleine lune magnifique, il est à peine 20h.

 

Lundi 27 Août

 

Après une nuit des plus calmes, nous sommes motivés pour faire nos petits 50 kilomètres jusqu'à la frontière mais aussi jusqu'à notre nouvelle connaissance qui nous a si chaleureusement invité chez lui.

 

C'est donc sur la matinée, et en musique, que nous parcourons la fin de la traversée de la Mongolie sur notre tandem. Nous arrivons rapidement à Zamin Uud, fiers d'avoir réussi et d'avoir vu tant de belles choses et de belles personnes.

 

Nous mangeons un morceau et allons à l'adresse indiquée.

 

Sukhbat, arrive en même temps que nous avec są femme Baasah Jargal et leur fils d'un an, Zolbayr.( Que nous avions pris hier pour une petite fille, avec ses cheveux longs tressés, mais ça c'était avant de le voir faire pipi … )

 

Il nous explique qu'ils sont tous les deux sourds. Mais finalement ce n'est pas un problème pour nous , nous allons apprendre à communiquer différemment encore aujourd'hui. Cela fait plus d'une semaine que nous communiquons avec des gens qui ne comprennent pas notre langue, alors pourquoi nous n'y arriverions pas avec quelqu'un qui ne nous entend pas ? Dans le fond, ça ne change rien pour nous , on va s'adapter et on trouve ça intéressant de communiquer autrement.

 

Nous passons l'après-midi à communiquer avec des gestes, des dessins et notre fameux „ g palémo”, ce petit carnet avec des images. Nous sentons une complicité se créer avec nos hôtes et Baasah, timide à la base, finira par me dire que nous sommes „ soudées” toutes les deux et aura des gestes amicaux envers moi.

 

Lui a 31 ans, est réparateur de vélo ( tous les gamins du quartier viennent d'ailleurs réparer leurs vélo ici), il a fait un rallye parcourant la Mongolie sur son vélo et a gagné le troisième prix, il est donc un fan incontesté de vélo.

 

Elle a 23 ans, a quitté są famille dans la nord de la Mongolie pour venir habiter dans la maison des parents de Sukhbat, avec lui. On sent qu'elle n'est pas à l'aise et nous fera la confession qu'elle n'aime pas son beau-père.

 

Ils ont eu un enfant il y a un an, qui lui n'est pa sourd. ( étrangement il est très calme lorsqu'il est avec ses parents et très bruyant lorsque ses grands-parents sont présents.)

 

Ils nous apprendront merci, bonjour et au-revoir en langage des signes. Nous rencontrerons les parents et les amis des parents, qui sont venus boire de la vodka, et en proposeront à Jojo , qui en boira une „bolinette” complète, cul-sec sous l'air fier de nos hôtes.

 

Nous partageons le repas avec toute la famille, j'avais pourtant expliqué à Baasah que je ne mangeai pas de viande, nous avions acheté des pâtes et de la sauce avec eux pour cuisinier chez elle mais elle a refusé mon aide et qu'on sorte nos aliments, elle insistait pour „nous inviter”.

 

C'est donc avec un bol de nouilles aux légumes … et au bœuf que je me retrouve nez à nez. Je ne veux surtout pas la vexer, elle a tout préparé seule et je mangerai mon plat, en laissant les morceaux de viande pour que Jojo les mange.

 

Nous irons aussi nous promener dans Zamiin Uud avec Sukhbat et Baasah, ils nous montreront la gare, dans laquelle le train en direction de Pékin est arrêté. Il nous dit que c'est 25€ pour aller jusqu'à Pékin, mais nous avons décidé de passer la frontière „localement” et d'aller jusqu'à la capitale sur notre vélo.

 

 

 

Sukhbat nous emmène à są „chambre étudiante” pour aller prendre une douche, puis nous nous coucherons dans le salon salle à manger, là où ils ont aussi leur lit. Elle dort avec son fils dans le lit du bas, lui dans le lit du haut et nous sur le canapé.

 

Zolbayr aura le droit de jouer avec le téléphone de są mère au moment du dodo. Malheureusement pour nous,d'un jeu pour enfant je ne peux pas me retenir et lui dirai au bout de 5 minutes, que c'est fort.) Elle lui retirera.

 

Nous avons eu aussi du mal à dormir , le chien attahé à une petite laisse depuis que nous sommes arrivés, dans le jardin,  a pleuré une bonne partie de la nuit.

 

Mardi 28 Août

 

Les grands parents sont debout vers 6h, et comme nous dormons dans le salon, nous serons dérangés.

 

Au moment de me lever, je vais voir le vélo ( nous l'avions laissé dans le porche devant la maison, dont la porte était ouverte toute la nuit) … il n'est plus là et j'ai un gros coup de stress.

 

Je demande à la sœur de Sukhbat si elle sait où il est …

 

C'est son père qui a décidé d’aller faire un tour avec. Bon , on est pas ravis qu'il soit parti avec notre tandem sans nous demander mais au final , ils ont eu la gentillesse de nous accueillir sans rien attendre en retour, on peut au moins le laisser faire ça.

 

C'est soulagés que nous le voyons revenir une petite dei-heure plus tard avec le tandem, le sourire aux lèvres, en nous disant que c'était bien.

 

 

 

Sukhbat nous explique que son papa est allé négocier pour nous le passage de la frontière et qu'il a trouvé un „taxi” qui viendra nous chercher devant la maison ( ils sont à 500 m de la frontière) pour nous emmener de l'autre côté, en Chine, pour un peu moins de 13€.

 

C'est super gentil de są part, de s'être occupé de ça et ça nous rassure un peu mais on trouve que 13€ c'est un peu cher, puisque nous avions réussi à traverser la frontière Russie-Mongolie pour 5€.

 

Après un petit déjeuner copieux préparé par les parents de Sukhbat, pain perdu , œufs et thé à profusion, le „taxi” - qui est en réalité un 4x4 type jeep, hors d'âge, dont le moteur peut tomber à tout moment, la carrosserie est rouillée jusqu'à la moelle et qu'il faut redémarrer tel un vieux tacot, et surtout ne pas lâcher l'accélérateur, sinon c'est le calage assuré- arrive donc devant la maison de nos hôtes. Nous faisons des photos, des bizoux et mettons l'ensemble de nos affaires sur la banquette minuscule et faite uniquement d'une planche de bois, sur laquelle nos fesses vont reposer pendant plus de 2h, le tandem à l'arrière dans le coffre et zou, c'est parti.

 

 

 

Alors là c'est le début du questionnement et de l'incompréhension du système de „ passage” à la Mongol. Nous n'y avons pas vraiment été confronté avant , mais là, on aura en moins de deux heures, des exemples concrets du „si j'double, je passe avant, normal!”

 

 

 

La jeep rejoint une file d'attente avec d'autres jeeps, et s'arrête devant un agent vêtu d'une combi militaire. Il refuse de le laisser passer, et lui demande d'attendre à côté, les esprits s'échauffent et notre conducteur essayera de forcer le passage à de nombreuses reprises, presque à en écraser l'agent. Il laisse passer les autres, demande à certains d'attendre au même endroit que nous. Notre chauffeur profite d'un instant où l'agent est occupé, et un petit passage est libre pour accélérer et passer, outre le refus de l'agent. Bon , ça se passe comme ça ici, ok...

 

Nous ne sommes encore pas au poste frontière, c'était la première file d'attente.

 

Nous sommes donc maintenant dans la deuxième file d'attente, avant la frontière, tous les véhicules sont garés les uns derrières les autres et malgré l'attente, tous ont les moteurs allumés, nous respirons à plein poumons les vapeurs d'essence produits par leurs vieux moteurs. On se croirait dans notre vieux Van... haaaaaaa nostalgie.

 

Ici aussi , c'est au plus rapide, et dès que la file avance, des voitures en doublent d'autres... c'est un peu l'anarchie. Le chauffeur court pour aller déposer un papier, il revient avec, toujours en courant, et démarre au quart de tour en doublant les autres. On se demande s'ils font des concours du mec le plus rapide aux frontières tellement c'est la course, mais nous ne comprenons pas vraiment pourquoi...

 

Nous passons enfin au poste frontière Mongol, nous devons sortir du véhicule avec l'ensemble de nos bagages (sans le vélo) pour passer la douane , et payer 3€50 ( on a pas compris pourquoi … mis c'était la règle.

 

Là aussi , les gens se doublent et chacun passe à są guide devant les autres … ce qui a le don d'échauffer mon Jojo mais il restera calme.

 

Nous sortons , le tampon de sortie sur le passeport et remontons dans la jeep.

 

Au revoir Mongolie