Lundi 18 Juin

 

Nous passons donc aujourd'hui la frontière polonaise!

Nous sommes ravis d'en arriver là mais ça continue de grimper et nous sommes assez fatigués aujourd'hui.

 

Nouveau pays, la monnaie ici est le Zloty, 1 euro est à peu près égal à 4, 18 zloty.

 

Nous devions dormir sur un terrain de verdure d'un warmshower polonais ( sans le rencontrer) mais il est un peu plus de midi et nous sommes déjà arrivés. Malgré le manque de motivation, nous avons envie de continuer un peu, histoire de faire moins de kilomètres demain pour arrive plus tôt à Cracovie, même si c'est pour avoir la surprise de dormir dans un endroit inadapté ou dans lequel nous ne sommes pas confiants.

 

Nous roulons encore, toujours dans les splendides montagnes polonaises, la route est vallonnée et nous transpirons beaucoup lors des montées mais profitons des paysages lors des descentes.

 

Nous arrivons dans un petit village, Chabowka. Ici il y a une caserne de pompiers et un terrain de jeu. Nous nous arrêtons et demandons à la caserne, il n'y a qu'un homme, s'il est possible de dormir sur le terrain à côté ou dans la caserne. Il nous répond que non mais nous donnera de l'eau. Nous sommes éreintés par cette journée de 94 km et déciderons finalement d'attendre que la nuit tombe pour poser notre campement à côté du terrain de foot.

 

Il y a un petit parc de jeux pour enfants ou nous nous poserons. Un homme fume et boit de la bière, il ne parle pas un mot d'Anglais mais essayera d'en savoir un peu sur nous et notre voyage, nous communiquerons avec google traduction, pas facile. Il s'appelle Adam, il est admiratif et n’arrête pas de nous féliciter.

 

Il y a quelques enfants qui jouent sur le terrain de foot et une mère avec ses deux enfants en bas âge arrive à l'aire de jeux. Elle montre à son fils le tandem et nous échangerons un sourire. Un peu plus tard, son mari arrive. Ils jouerons dans le parc avec les enfants.

 

Adam s'en va et leur explique que nous faisons du tandem depuis la France jusqu'en Inde.

 

Au moment où la famille s’apprête à partir, elle nous demande ( en Anglais) si nous avons un endroit pour dormir et nous lui répondons que nous pensons dormir ici. La femme nous dit qu'elle a une grande maison avec une salle de bain et que nous sommes les bienvenus .

 Nous ne réfléchissons pas très longtemps avant d'accepter.

 

Comment une mère de famille peut avoir aussi confiance en des inconnus pour les accueillir chez elle , alors qu'elle a des enfants en bas âge ? C'est fou et tellement rare.

 Nous la suivons, avec sa fille sur le porte bébé de son vélo. Son mari et son fils prennent un autre chemin, eux aussi avec leurs vélos, ils arriveront plus tard.

Nous sommes accueillis par un gros chien noir plein de poils, Roma. Il veillera sur notre tandem cette nuit. A l'intérieur de la maison, un petit chien, Elvis, très curieux de nous voir.

 

Elle nous montre, à l'étage, une salle de bain et des chambres. L'endroit semble en cours de rénovation, elle s'en excuse. C'est parfait pour nous et nous n'en demandions pas tant, nous qui pensions dormir dans la tente sur un terrain de jeux...

 

Nous n'avons encore pas fait les présentations, elle se présentera la première. Elle s'appelle Malgosia.

 

Elle nous invite à nous laver. Après la douche, nous sommes gênés , nous ne savons pas si nous devons descendre et toquer chez elle ou si nous devons les laisser. Elle nous invitera à boire un verre. Nous pensons faire la cuisine et descendons avec le nécessaire, elle nous dit qu'elle est déjà en train de préparer le repas pour nous tous.

 

On est incroyablement surpris par cette générosité et cet accueil si chaleureux. Malgosia refusera mon aide pour cuisiner et elle s'occupera de la toilette de ses enfants et du repas en même temps. Nous sommes tellement contents mais aussi gênés de nous « introduire » dans le quotidien de cette famille.

 

Elle a fait des rappés de pomme de terre aux légumes, ça me rappelle ceux que je mangeais petite.

 

Son fils, Milosz ( se dit Miloch), qui a bientôt trois ans, nous regardera avec un air apeuré tout le long du repas, et finira par aller manger dans la cuisine pour ne pas nous voir. Le pauvre, j'aimerai lui dire que nous sommes gentils et parler avec lui mais la barrière de la langue m'en empêche. Avec la petite, qui a sûrement environ un an, c'est plus facile, elle semble très intriguée par Jojo. ( En général , il n'a aucune difficulté avec les enfants mais la timidité de la situation fera qu'il restera réservé)

 

Lukasz ( se dit Loukach), le mari, viendra s'installer à table pendant que Malgosia couche les enfants. Il ne parle pas un mot d'Anglais et nous pas un de Polonais. Nous le sentons mal à l'aise,nous aussi, il ne restera pas longtemps avec nous. Il est aussi peut être fatigué par sa journée de travail.

 

Nous restons à discuter avec Malgosia autour d'une bière, elle est tellement accueillante c'est réellement un plaisir de se trouver chez elle. Elle nous parle d'un ami à elle qui voyage aussi en vélo et lui enverra un message, elle demandera a sa famille, qui habite un peu plus au nord ouest s'ils peuvent nous héberger si nous passons par là.

 

Nous irons nous coucher, en se disant que nous avons parfois de la chance de tomber sur des gens aussi bienveillants. L'accueil a été spontané et ils nous donnent tellement plus que ce que l'on pourrait espérer : une douche, un lit douillet , un repas et surtout du temps dans leur vie bien remplie de parents. On se dit que dans ce genre de situation nous n'avons rien à donner en échange et on espère au moins respecter le plus possible ces gens.

 

 

 

Mardi 19 Juin

 

Aux environs de 8h, nous descendons chez nos hôtes avec nos provisions pour petit déjeuner. Elle nous demande de nous asseoir. Sur la table, tout est installé et elle n'attendait plus que nous. Est-ce que tous les polonais sont aussi gentils que Malgosia ? Nous profitons encore de ce superbe petit déjeuner. Elle cherchera des gens qu'elle connaît pour nous loger sur notre chemin, nous échangeons nos facebook pour rester en contact, elle semble contente de pouvoir suivre l'aventure. Elle est peintre, mais fait une pause pour s'occuper de ses enfants car elle n'a pas le temps pour tout., et nous montre sa page facebook avec ses œuvres, wahou !

 

Après le petit déjeuner copieux, elle nous propose d'aller voir le musée à ciel ouvert de vieilles locomotives avec elle et les enfants, qui est à quelques mètres de leur grande et jolie maison jaune. Mais avant elle nous tend un sachet avec deux poires et une plaque de chocolat. Merci , merci infiniment pour toutes ces attentions ! Nous y allons tous ensemble, je ne penserai malheureusement pas à prendre des photos ( j'ai encore la tête dans ce qui nous arrive depuis hier... merveilleux!)

 

Nous nous quitterons au bout du chemin, eux partirons manger une glace pendant que nous continuerons de nous diriger vers Cracovie, un petit pincement au cœur de les quitter si vite.

 

Comment la remercier à la hauteur de l'accueil que nous avons reçu? C'est impossible.

 

Nous glisserons un petit dans la boîte aux lettres.

 

Nous continuons donc notre route en direction de Cracovie, il nous reste aujourd'hui 70 kilomètres à parcourir pour y arriver. La route toujours vallonnée ne nous facilite pas la tâche. Il fait chaud aujourd'hui , nous sommes en tee-shirt.

 

 

A midi , lors de notre pause, nous voyons que Malgosia a publié sur facebook un message pour raconter notre rencontre et pour demander à ses contacts de nous accueillir s'ils sont sur notre route. Cette femme est vraiment gentille et nous apprécions beaucoup tout ce qu'elle a pu faire pour nous.

 

C'est déjà prévu, ce soir nous dormirons chez Marcel, un warmshower ; il n'est pas là , il est parti ce matin pour faire Nice- Cracovie en vélo avec sa fiancée, c'est drôle. C'est sa sœur Dominika qui prendra le relais.

 

A notre arrivée devant la maison, à 15h30 nous sonnons à toutes les sonnettes car il n'y a pas de nom. Pas de réponse. Elle est au travail mais nous a dit que son mari était là. Il sortira avec la clé pour nous montrer ou nous dormons ce soir ( et demain soir). Il n'est pas à l'aise, et repartira rapidement. Nous sommes au rez de jardin, dans une pièce séparée de la maison. Il y a plusieurs logements. Nous ne verrons personne jusqu'au sur-lendemain matin, jour de notre départ.

Nous pensions que sa sœur serait venue nous dire bonjour mais nous ne la croiserons pas.

Nous profitons de la douche et la machine à laver. Prenons le repas et dormons tôt.

Mercredi 20 Juin

 

Aujourd'hui nous allons visiter Cracovie. Il fait beau et nous en profitons pour aller arpenter les rues de la ville.

 

Avant d'arriver au centre ville, il nous faut trouver par quel moyen nous allons y aller. Nous sommes à 8 kilomètres du centre, il n'est pas question de prendre le tandem aujourd'hui , c'est jour de « repos ». - Alors je dois juste préciser que jour de repos pour nous ça ne veut pas dire jour de glandouille, mais crapahutage et découverte. Et des fois on se dit qu'on devrait savoir se reposer vraiment, on ne sait pas encore faire ça. -

 

Nous cherchons donc un bus pour nous rendre en ville, pas si compliqué au final , nous achetons les billets à un peu plus de 7,20 zloty l'aller retour ( 1€ 80) et prenons le bus en direction du centre. Il est 9h, heure de pointe et le bus est rempli d'enfants en sortie scolaire. Quelques 20 minutes plus tard nous sortons du bus pour nous diriger vers le cœur de Cracovie et apercevons déjà au loin le château de Wawel, avec son dragon cracheur de feu. Nous arpentons les rues de la ville et y découvrons la place du marché principal, ou la grand place , qui est la plus grande place médiévale d'Europe avec en son centre le Sukiennice, ou la Halle aux draps. A l'intérieur, de nombreuses boutiques souvenir. Ici, un homme avec une écharpe de supporter de foot de l'équipe polonaise a sûrement bu pour oublier la défaite de la Pologne hier, il finira sa nuit au pied du béfroi, à quelques mètres de "Eros aux yeux bandés", oeuvre en bronze de Igor Mitoraj.

Les monuments sont beaux et l'aspect médiéval donne un réel cachet à cette ville.

 

Des petits marchants ambulants de Bretzels polonais , appelé ici Bublik, se trouvent aux quatre coins de Cracovie, et Jojo aura envie de goûter cette spécialité.

 

Ici aussi , comme à Vienne, des chevaux promènent des touristes dans des calèches. Ils sont ornés de fleurs et de déco typique polonaise. Je ne prendrais pas de photo, j'éprouve encore ici, de la peine pour ces pauvres animaux. ( Si toutefois vous auriez envie de voir à quoi cela ressemble, il y a des tas de photos sur le net)

 

 

Nous visitons aussi Kazimierz , où se situe le quartier juif. Nous y découvrirons les vestiges de la guerre et maintenant de nombreux graffs décorent les murs. Nous ferons une pause repas dans un petit restaurant et mangerons des Pierogi, raviolis polonais. Pas de Vodka aujourd'hui, nous préférons et espérons découvrir cette tradition chez nos futurs hôtes polonais.

 

Nous nous promènerons dans la ville une bonne partie de la journée et croiserons des vieux hommes jouer aux échecs le long de la rive.

Nous retournerons, en bus, à notre logement du jour.

 

Pour la petite parenthèse, j'avais vraiment très envie d'aller visiter Auschwitz- birkenau, mais malheureusement les entrées pour aujourd'hui ou demain sont déjà réservées et il n'y a plus de place. C'est a 1h30 à l'ouest de Cracovie en train ou en bus.

 

Je garde une certaine déception à ne pas aller voir ce lieu qui ,paraît-il, est fort en émotion. Jojo me dira : « on a toute la vie pour revenir découvrir des chose qu'on aurait oublier, ne t'inquiètes pas. »

 

Nous passerons la fin d 'après midi à réfléchir encore sur le futur parcours, et surtout à s'arracher les cheveux avec ce Visa Russe. Nous le demanderons donc finalement à Varsovie, et resterons une dizaine de jours pour l'attendre. En cas de refus, nous aurons le temps d'aviser et de reprogrammer notre trajet.

 

Nous nous couchons relativement tôt, demain est une nouvelle journée de pédalage pour se rapprocher encore un peu plus de notre objectif du fameux transsibérien. J'ai tellement hâte et j'espère vraiment que le Visa ne nous sera pas refusé. En attendant, profitons de notre séjour polonais !

Jeudi 21 Juin

 

Après notre petit arrêt rapide à Cracovie, nous reprenons la route en direction de Varsovie. Aujourd'hui est une petite journée, car nous avons un hôte demain soir, mais le chemin était un peu trop long pour ne faire qu'en un jour et nous avons donc décidé de couper en deux. Nous ferons donc aujourd'hui « seulement » 45 kilomètres. Nous sommes en bord d'autoroute , sur une piste cyclable les premiers kilomètres , aujourd'hui c'est presque que du dénivelé positif, au secours nos guibolles.

 

Nous longeons la grande route pour le reste de la matinée et arriverons un peu après midi dans un parc que nous avions repéré sur la carte. Ici, il n'y a pas grand chose et lorsqu'il y a un parc dans un village , on en profite. Nous passerons l'après midi à nous reposer, bien que le soleil soit au zénith et qu'il fasse plus de 30 degrés. Nous avons beaucoup de mal à ne rien faire et à « perdre du temps ». Nous prévoyons de faire du camping sauvage ici, ça ne semble pas très fréquenté. Il y a un terrain de foot à côté et une piscine derrière.

 

Plus tard, les gens sont plus nombreux, il est 17h30 et le parc se rempli de familles, d'ado, de sportifs. Jojo aurait envie de demander à des mères de famille de nous héberger mais il n'y arrive pas, il est bloqué. Je n'irai pas plus demander car à ce moment, j'estime qu'il doit faire un effort et dépasser ses limites s'il a envie d'obtenir quelque chose , et pas seulement se reposer sur ce que je peux faire. Les polonais ne parlent pas anglais, je ne me débrouillerai pas mieux que lui pour expliquer quelque chose...

 

Le voyage doit nous permettre d'être face à nos angoisses et à nos limites pour pouvoir nous dépasser, mais il est trop tôt et Jojo ne se sent pas prêt à atteindre cette limite. Il a un petit coup de blues et n'a pas envie de dormir là. Il aimerai rentrer. Oui mais rentrer où ? Nous avons tout laissé et n'avons plus de réel « chez nous ». De quoi a il besoin ? D'un lit ? De confort ? De stabilité ? Ça fait aujourd'hui un mois jour pour jour que nous avons débuté cette aventure et si jusqu'ici , ça ressemblait peut être à des vacances, maintenant nous prenons conscience que ce voyage est plus long que les autres et que les objectifs sont différents. Je suis impatiente de découvrir la suite mais il est vrai qu'on a parfois des coups de mou.

 

Je le sens démoraliser, le temps commence à changer et les nuages se noircissent. On ne peut définitivement pas dormir là. Je ferai finalement tout pour nous trouver un endroit à l'abri. Les gens nous indiquent des hôtels à quelques kilomètres de là, nous disent non … Je tente ma chance à a pizzeria du stade de foot. Il me dit non mais d'aller voir à la piscine. A la piscine ? Pourquoi ?

 

Je sors de la pizzeria, je vois Jojo sous les gros nuages noirs, le vent souffle tellement fort qu'il soulève le sable qui sert de parking pour les voitures.

 

On remonte sur le vélo, contournons le stade et allons quelques mètres plus loin , demander à la piscine avant que la tempête ne soit trop forte. L'homme à l'accueil derrière l'aquarium feint de ne pas comprendre, je vais chercher le téléphone de Jojo et à mon retour il est debout dans le hall, il ne me regarde pas, fait semblant de ne pas me voir mais je suis juste là, devant lui, le téléphone à la main, les yeux ronds à lui demander au moins de regarder ce que je lui montre. La femme qui se tient non loin arrive, lit sur le téléphone «  peut on dormir ici ? L’homme de la pizzera a dit que c'était possible ». Elle discute avec lui, il dit non sans même me regarder. J'ai envie de le bouffer et de lui crier dessus que c'est un con de réagir comme ça ; mais j'ai autre chose de plus urgent à faire et ça n'en vaut même pas la peine.

 

Je ressors et descend les escaliers en courant. Jojo dehors sous un ciel sombre m'attend. Un homme dans le stade ramasse des plots avec difficulté, le vent souffle fort. Il a une voix forte et imposante,je crois qu'il nous dispute mais il nous indique une porte, nous rentrons. Il arrive à son tour. Je lui montre le téléphone , il dit que ce n'est pas possible là mais appelle quelqu'un. Nous comprenons qu'il est entrain d'appeler à la piscine. C'est ok. On ne comprend rien, on vient de nous dire non, et lui dit que c'est bon …

 

Il nous aide à monter le vélo dans les escaliers, il est chargé , il pèse lourd mais cet homme corpulent a une force incroyable. Il discute avec l’antipathique de l'accueil, ils ne semblent pas d'accord mais c'est notre homme qui aura le dernier mot. Dehors la pluie tombe et le vent souffle de plus bel, il doit comprendre qu'on ne peut pas dormir dehors.Au sous sol de la piscine : un dortoir avec des lits, il nous indique de choisir le nôtre, on le remercie et nous laisse avec une jeune femme qui parle un peu anglais. Elle nous montre la douche, et nous demande si nous voulons manger. ( Nous avions déjà mangé et refusons l'invitation) incroyable, il y a même pas quinze minutes nous essuyions un refus catégorique et hautain et là, on est comme des invités...

 

Nous éviterons de repasser devant l'accueil afin de ne pas voir l'homme qui nous a refusé l'entrée.

 

Nous passons une bonne nuit dans le dortoir vide, et partirons le lendemain à 7H30, le plus discrètement possible.

 

Vendredi 22 Juin

 

Aujourd'hui , malgré une nuit au sec et dans des lits bien douillets, n'a pas été la journée la plus plaisante, pourtant nous n'avons parcouru que 68 kilomètres. Ce matin, ce sont les chiens qui nous ont mis à rude épreuve. Nous passons des petits villages au dessus de Cracovie. Les routes ne sont pas particulièrement belles et dans ces petits villages, il y a au moins un chien à chaque maison. Malheureusement pour moi, les chiens sont en liberté et ce sont des villages où des vélos ne passent sûrement que rarement. Nous nous retrouvons avec des chiens, aussi petits soient-ils, à nos trousses. Ils sont parfois jusqu'à 4 en même temps à nous aboyer et courir après. L'accident n'est pas loin lorsqu'ils décident de passer devant le vélo. Le pilote est concentré et gère comme un chef. Moi, derrière, je sers les dents, et parfois lève les jambes de peur de me faire croquer un mollet. Ils sont coriaces et ne lâchent l'affaire qu'au bout de quelques dizaines de mètres. Une éternité pour moi...

 

Nous passons donc plusieurs villages et dans chacun de ces villages, sur environ vingt kilomètres, la scène se reproduit. Un chien ou deux, parfois plus. A l'entrée du village puis à la sortie … Le temps et ces villages me paraissent infinis et j'aimerai que cela cesse. Mes nerfs sont à fleur de peau.

 

Dans la matinée, et sans doute parce que nous avons trop appuyé sur les pédales, la chaîne avant déraille, puis quelques minutes plus tard, la chaîne arrière. Heureusement, nous sommes au milieu de rien, pas de village, pas de chien. Jojo peut prendre le temps de réparer ça, d'autant que la chaîne s'est coincée dans mon pédalier, et qu'il faut se salir les mains. C'est après quelques minutes de bataille et les mains toutes noires que Jojo a réparé notre Road'olphe, qui après plus de 2 000km nous montre des signes de fatigue. Lui aussi a besoin d'une petite pause à Varsovie... vivement.

 

A u moment du repas à midi, l'essence dans la bouteille ne suffit pas à allumer le réchaud, et nous devrons donc patienter encore 20 kilomètres avant le prochain magasin, dans le village de notre hôte.Il nous reste quelques sablés achetés la veille, qui suffiront à nous faire patienter.

 

En général lors de ce genre de journée on se dit qu'on aurait mieux fait de rester au lit... en voyage aussi parfois c'est merdique

 

Nous arrivons vers 14h30 au village de notre Warmshower, avec des rafales de vents qui n'ont fait que ralentir notre parcours et nous nous poserons dans un parc en attendant 18h, heure de notre rendez vous chez lui. Un homme nous accoste et malgré notre manque de vocabulaire en polonais, il continuera de nous parler et de faire des gestes approximatifs. Le traducteur ne nous sera d'aucune aide, ce qu'il écrit ne se traduit pas. Il finira par nous donner un nom et un numéro sur un morceau de papier, le sien semble-il. On pense avoir compris qu'il nous proposait où dormir mais sans certitude.Jojo se charge d'aller faire des courses pendant que je patienterai au soleil pour me réchauffer. Aujourd'hui , il a fait un peu frais, nous avons gardé les manteaux toute la journée malgré les montées. On enfilera même nos chaussures fermées, nous qui avions l'habitude d'avoir les petons à l'air depuis quelques jours.

 

L'homme repassera plus tard pour nous proposer un café.

 

Nous profitons de ce moment dans le parc pour prévoir et répondre à nos prochains hôtes. Nous savons où nous dormons pour les 10 prochains jours, et ça nous réjouit.

 

Plus tard, un vieux monsieur marche avec une charrette, il fouille dans les poubelles et y trouve une bouteille d'eau, dans laquelle il reste une gorgée. Il s’assoit sur le banc pour la boire. Nous venons de manger et il nous reste des tranches de pain, Jojo remplira la bouteille en plastique avec l'eau qu'il nous reste dans les gourdes et je me chargerai d'aller lui donner. L'homme au dos voûté se redresse et prend la bouteille que je lui tend, accompagné d'un grand sourire, il me dira merci.

 

Il passe devant nous pour continuer sa fouille dans les poubelles, il traîne ses pieds, chaussés de bottes en caoutchouc et sa charrette derrière lui qu'il tient de la main droite, dans son autre main, il a une cane dont il se servira pour ramasser les objets par terre ou dans la poubelle.

 

Il est maintenant presque 18h, nous nous dirigeons vers la maison de Lukasz.

 

Ici, au numéro 60, une vielle bâtisse avec un drapeau de Pologne qui trône sur le balcon. Lukasz sort du jardin à côté et nous invite à entrer. Ah, ce n'est pas cette maison dans laquelle nus allons. Derrière, une grande et belle maison nous attends. Lukasz a 34 ans, il vit avec ses parents et leurs 4 jolis chats d'un an environ. Les parents arrivent peu après nous et nous saluent chaleureusement.

 

La maison est aussi somptueuse dehors que dedans, on a peur de salir avec nos chaussures. Il nous montre la chambre pour ce soir , la salle de bain , et nous invite à choisir des chaussons, demande de sa maman. Un bol de cerises nous est amené, et de chocolats avec un verre de vin blanc ( produit par les voisins), nous sommes accueillis comme des rois dans un palais.

 

Après une bonne douche, nous mangerons dehors avec Lukasz, ses parents mangeront à l'intérieur. Nous passons un bon moment tous les trois à discuter de nos familles, de voyage et de l'Inde, qu'il a déjà visité. Lukasz nous proposera a de nombreuses reprises de nous resservir du vin. Il nous propose d'aller demain voir un monastère. C'est pas vraiment sur notre trajet mais on ne perdra pas trop de temps à y aller. Il dit que ça vaut réellement le coup d’œil. Nous verrons demain.

 

Jojo a mal au dos aujourd'hui, il aura envie de dormir tôt.

Samedi 23 Juin

 

Un petit déjeuner rapide en companie de Lukasz et nous partons tous les trois en direction du monastère. Mai avant tout , il tient à nous offrir encore quelque chose, il nous tend un sachet chacun avec des friandises et un smoothie, ainsi qu'un gros sachet de cerises du jardin. Pfiou, les gens sont tellement attentionnés envers nous …

 

Nous parcourons donc quelques huit kilomètres jusqu'au monastère, le temps pour nous de remplir notre bouteille d'essence ( que Lukasz nous offre encore) et pour lui d'essayer le tandem. Il a l'air tellement ravi de tester, c'est drôle de voir le tandem sans être assise dessus, je me rend compte que nous avons quand même une sacrée monture...

 

Nous nous quitterons après avoir pris quelques photos au monastère, le cœur gros, de quitter encore une personne aussi gentille et chaleureuse.

 

Nous parcourons environ 75 kilomètres, sur une route relativement plate. Le seul problème fut une pluie battante de grêle qui s'est abattue rapidement, heureusement, nous avons trouvé un abri-bus pour pouvoir se protéger.

 

Pour la première fois depuis le début du voyage je garderai toute la journée mon sweat mon écharpe et mon manteau, bien fermés , sans transpirer une seule goutte.

 

 

 

Nous arrivons à Konskie vers 15h, prenons le temps de faire quelques courses et notre hôte de ce soir nous y rejoindra.

 

Il s'appelle Grzegorz ( se dit Grégor), c'est notre premier accueil via couchsurfing pour ce voyage et nous sommes les premiers étrangers qu'il accueille. Son appartement étant un peu petit, nous séjournerons chez sa grand mère.

 

Dans la maison, sa maman et sa grand mère nous accueillent chaleureusement. Elles ne parlent pas Anglais mais Gzegorz fera le traducteur. Il nous explique que sa mère était très impatiente de nous rencontrer. Elle nous proposera quelque chose à manger dès notre arrivée et sera d'une gentillesse incroyable tout le long de notre séjour.

 

Après une bonne douche et la rencontre avec le reste de la famille de Grzegorz ( son frère son cousin et ses cousines) , nous allons visiter Konskie, c'est un grand village dans lequel se trouve un temple Grec et un temple Egyptien, Grzegorz nous expliquera l'histoire de Konskie.

 

Nous allons ensuite boire une bière dans son bar préféré, ici ils passent du jazz et nous sommes installés dans des fauteuils plutôt confortables.

 

Grzegorz connaît tous les habitants de Konskie, et à chacun, il dira qui nous sommes et racontera pourquoi nous sommes là.

 

Ce soir, est organisé dans ce village, un rassemblement pour fêter l'été. Nous y découvrirons des danses et des chants traditionnels polonais, auquel je participerai, sous l'aile de la maman de Grzegor, qui nous y rejoint plus tard. C'est un petit rassemblement mais pour nous c'est dépaysant et intéressant à découvrir car ça fait parti des coutumes de la Pologne. Certaines femmes sont en robes blanches et d'autres colorées ( l’époque des robes blanches est plus ancienne) , elles ont toutes une couronnes de fleurs qui ornent leurs chevelures . Une jeune demoiselle me demander d'où je viens et m'offrira sa couronne de fleurs. Je sens que c'est beaucoup d'émotion pour elle et accepte avec joie. La maman de Grzegorz est ravie et nous présentera à ses sœurs, dont une d'elles nous proposera d'aller prendre le dessert. Grzegorz est fatigué et nous rentrerons chez sa mamie pour prendre le dîner après avoir assisté à la cérémonie de mise à l'eau des couronnes de fleurs avec bougies. Il est 21h30, une pluie fine tombe sur Konskie et le soleil est déjà couché. Nous reprenons la voiture avec la maman de Gzegorz. Arrivés, nous voulons monter mais sa grand-mère a fermé la porte à clé ( la porte donne sur la chambre de sa mamie et sur la nôtre, où sont stockées toutes nos affaires.) Elle est dehors et rentre après avoir nourrit le chien. C'est là que l'histoire se complique Elle semble avoir oublié où elle a mis la clé qui ouvre l'étage et nous ne pouvons donc ni dormir ni récupérer nos affaires.

 

Nous nous mettons tous à chercher la clé disparue, dehors avec les lumières de nos téléphones, dans toute la maison … introuvable. Gzegorz perd patiente et finira par retirer le carreau et l'encadrement de celui-ci, pour que nous pussions enjamber. Il se blesse et saigne.

 

La situation nous fait rire mais Gzegorz semble gêner et s'excuse du stress provoqué par cet événement. Il n'en est rien pour nous , nous nous inquiétons simplement pour sa grand-mère , qui devra dormir sur le canapé.

 

Nous passons donc enfin à table, Bea ( la maman) nous a préparé des Pierogi ( raviolis polonais) végétariens pour moi, et des spécialités polonaises comme le Golabki ( de la viande et du riz entourés d'une feuille de choux). Nous mangeons copieusement , ici la tradition veut que chacun mange à sa faim et que les invités soient bien servis. C'est tout à fait le cas et nous sommes très reconnaissants de cet accueil et Bea nous proposera de nous resservir car nous avons besoin d'énergie pour pédaler. Pendant le repas, sa grand-mère enlève sa veste, en dessous elle est en polaire. Elle semble se souvenir qu'elle a une poche sur la poitrine, l'ouvre et y découvre la fameuse clé perdue une heure plus tôt. Fou rire général ( nerveux sûrement).

 

Après le repas, par politesse, je désire faire la vaisselle mais Bea me refuse l'accès et désire que j'aille profiter plutôt que m'affairer aux tâches ménagères. Nous montons à l'étage, maintenant accessible. Elle nous ramène du jus de fruits , des gâteaux et de l'eau pour ce soir.

 

Gzegorz est musicien, il joue de la guitare et du ukulélé et chante. Il joue dans un groupe qu'il nous montre sur Youtube, j'aime beaucoup.

 

Il nous jouera quelques morceaux de guitare et de ukulélé en chantant... super moment.

 

Nous allons nous coucher tous les trois dans la même pièce, sa maman est repartie chez elle, et sa grand-mère est dans sa chambre.

 

Dimanche 24 Juin

 

Après une courte nuit, et un petit déjeuner copieux, la maman nous propose de se faire des sandwiches, nous ne voulons pas abuser de sa gentillesse et refuserons. Nous avons déjà reçu tellement de cette famille, c'était réellement un plaisir.

 

Après des aurevoirs à sa mamie, qui me sert tellement fort que je sens que je vais devoir rester pour toujours ici , et à sa maman : Dziękuję i Do widzenia (se dit „djenkouilé i dovidzania” et signifie merci et au revoir),

 

Gzegorz nous accompagnera pendant une quinzaine de kilomètres avant de nous dire au revoir.

 

La route pour rejoindre notre prochain hôte (Renatta une mère de deux ados : Olivia et Pavel) est uen route traversée par des hectars et des hectars de pommiers et de cerisiers et ce serait une très jolie route si le temps n'était pas si pluvieux. Mais le moral est bon et nous nous réjouissons de dormir encore au chaud et au sec ce soir.

 

Pour midi , nous décidons de nous arrêter à l'abri pour manger. Nous passons près d'un petit snack, qui dispose de tables extérieures à l'abri de la pluie, et nous installons. Difficile pour nous de commander, tout est en Polonais et nous n'avons pas de photo pour nous aider. Je demanderai, non sans difficulté, deux assiettes végétariennes. J'ai compris seulement après que nous étions à un snack spécial poisson, ça a surement dû les étonner que nous nous arrêtions ici pour manger végétarien. L'assiette est bien garnie , de crudités et de frites, et ça nous convient, nous n'avions pas du tout envie de cuisiner par ce temps, nos doigts sont frigorifiés et nous ne sommes pas les seuls à avoir froid.

 

Un chat noir, tout près de notre banc, réclame de la nourriture, pensant peut être que nous avons du poisson dans nos assiettes. Il semble vouloir aussi un peu d'attention. Je susi assise sur le banc et à chaque fois que je le regarde il semble plus près encore, un peu à la façon du jeu pour enfants „ un, deux trois, soleil”, il s'arrète lorsque je le regarde et se rapproche discretement quand je regarde ailleurs. Il finira par venir s'installer sur moi et demander un peu de chaleur. Le temps pour nous de digérer et nous devrons reprendre la route.

 

Quelques 82 kilomètres plus tard que notre point de départ ce matin, nous arrivons à Lipie. C'est un tout petit village Polonais. Renatta nous accueille à la sortie de są sieste. Elle est très souriante et nous propose de faire „ comme chez nous”, en présence de ses deux enfants, le temps qu'elle aille acheter ,à la petite échoppe du coin, de quoi grignoter pour le match de ce soir : Colombie contre, évidement, la Pologne.

 

Nous prenons le temps de manger et allons ensuite nous installer devant le match. La pologne a essuyé une cuisante défaite contre la Colombie et la déception dans les yeux des polonais s'est bien fait ressentir. Heuresement, Renata n'est pas plus affectée que ça et nous poursuivrons la soirée à prendre des cours de polonais pour moi et français pour elle, pendant que Jojo essayera de dormir, mais il nous entendra glousser une bonne partie de la soirée. Nous irons enfin nous coucher après minuit.

Lundi 25 Juin

 

Dernier jour avant Varsovie, je suis partagée entre l'impatience d'y arriver et le stress de gérer les formalités du Visa Russe. Je finirai ce matin de réserver les hôtels (avec annulation gratuite bien évidement car nous ne comptons pas découvrir Moscou de cette façon) et de demander nos invitations à une agence. ( Obligatoire pour la Russie) et nos places pour le Transsibérien. En attendant leur réponse, nous quittons Renatta et les enfants ( c'est les vacances scolaires en Pologne, pour deux mois, comme en France) et nous poursuivons notre route sous un ciel brumeux mais nous aurons la chance de ne pas être beaucoup sous la pluie.

 

Nous pédalerons donc une cinquantaine de kilomètres aujourd'hui avant d'arriver chez notre famille d'accueil à Varsovie. Iza Piotr et leurs 3 enfants. Nous ne verrons aujourd'hui que Tosia, leur fille de 18 ans. Nous avons notre chambre et pouvons prendre le temps de nous reposer et de faire comme nous désirons. Nous prenons le temps de discuter avec Iza et déciderons ensuite de s'affairer aux formalités Russes, impression des invitations ( dont nous avons eu réponse dans l'après midi) , de la demande de visa et rassemblement des papiers nécessaires.

 

Demain, nous irons déposer tout ça à l'ambassade de Russie qui se trouve à Varsovie.

 

Nous prendrons le temps de visiter la ville un peu plus tard, nous avons une bonne semaine pour le faire.