Mercredi 6 Juin (suite)

 

Nous sommes donc à l'ancien poste frontière entre l'Autriche et la Slovaquie. Au loin sous les nuages chargés de tonnerre et de pluie, nous apercevons Bratislava, sa capitale.

 

Nous attendons là, abrités après voir été trempés par de grosses gouttes de pluie. Nous nous sommes même demandé si ce n'était pas de la grêle, tellement ça nous fouettait les bras et le visage.

 

Nous sommes donc là, a attendre une accalmie qui n'aura jamais lieu, une demi heure plus tard, après un violent orage qui semble s'éloigner, nous décidons d'enfiler nos pantalons imperméables ainsi que nos manteaux. Il fait maintenant frais, ce sera largement supportable. On rigole de nos accoutrements mais il vaut mieux ça que d'être de nouveau trempés. Nous pédalons sous cette pluie, et passons enfin le panneau «  Slovensko » , je suis contente malgré la pluie mais nous n'aurons pas le courage de nous arrêter ou de sortir de quoi prendre une photo.

 

Nous passons à côté de l'Autoroute Slovaque, des bouchons s'étendent de part et d'autres, pour cause , la pluie a créée des inondations et les routes sont dangereuses.

 

A chaque pont, nous nous arrêterons en dessous pour nous abriter, comme pour reprendre une respiration après un long moment d'apnée.

 

Nous allons jusqu'au « bikekitchen » c'est, semble-il , un repère de Cyclo, et nous pouvons même y dormir. Jojo attend sous un pont avec le tandem chargé pendant que j'irais voir cet endroit . Ce sont des containers sur un parking, pour le moment c'est fermé il faut attendre l'ouverture à 18h. Je suis en nus pieds (ça sèche plus vite que des chaussures fermées) et je marche jusqu'à cet endroit pour trouver une éventuelle information. Le parking est inondé, j'ai de l'eau jusqu'en haut des chevilles. Tout est fermé, et la pluie ne cessant pas, nous n'avons pas envie de nous retrouver inondés ou de nous voir refuser une nuit au sec. Nous décidons finalement ( cas de force majeur) de réserver une auberge de jeunesse rapidement dans Bratislava pour être sûrs de dormir en sécurité. Il ne reste plus beaucoup de place et nous nous en sortirons pour une vingtaine d'euros pour nous deux.

 

Nous prenons ça à la rigolade, c'est impressionnant mais nous ne pouvions pas nous plaindre du temps jusqu'ici et surtout nous n'avons aucune emprise là dessus, c'est comme ça.

 

Nous nous rendons à l'auberge , entre les voitures qui roulent dans des marres d'eau, l'absence de signalisation piéton et parfois même voiture, et nous serons trempés de la tête aux pieds malgré les vêtements imperméables.

 

On est enfin au sec, la pluie continue de tomber dehors.

 

Nous avons de la chance, dans cette auberge , il est possible de faire une machine sans payer de supplément, draps (normal, hygiène oblige) et serviettes de toilette sont fournis. Le tandem est bien rangé dans un local fermé à clé et sous surveillance vidéo...

 

Tout va bien , nous prenons le temps de laver nos vêtements qui n'ont encore vu que l'eau du Danube ou des lavabos de camping pour se faire laver.

 

Nous nous préparons un repas chaud et conséquent, un peu de rangement et nous nous penchons sur la même chose que tous les soirs : remplir nos carnets avec  : le nombre de kilomètres faits sur la journée ( Aujourd'hui 80km), l'argent dépensé du jour et ce qu'il nous reste, le nombre de kms approximatifs à faire le lendemain , l'écriture des aventures chaque jour et l'heure de réveil.

 

Nous déciderons aussi finalement que nous demanderons les Visa Russes en Lettonie plutôt qu'à Budapest. Trop tôt pour estimer nos jours d'arrivée et de départ du pays, acheter nos billets de train au jour exact et réserver des endroits pour dormir ( obligatoire pour obtenir le visa) . Il nous reste encore plus d'un mois pour gérer ça.

Nous nous couchons , chacun dans son lit, sur les lits superposés. Jojo aime dormir en haut , je préfère me créer un espace « cocooning » en bas.

 

Jeudi 7 Juin

 

A la différence d'hier, la Slovaquie se réveille sous un beau soleil, la pluie cette nuit a permet de rafraîchir l’atmosphère. Nus découvrons Bratislava sous un autre jour qu'hier et ce n'est pas pour nous déplaire. On a l'impression que rien ne s'est passé hier, là ou toutes les routes étaient inondées, les voitures klaxonnaient et les ambulances résonnaient... aujourd'hui , tout est redevenu calme et sec.

 

L'épisode Slovaque va être court pour le moment car ce matin ,en à peine 20kms nous rejoignons la Hongrie en direction de Budapest .

 

On se redonne rendez vous dans quelques jours pour continuer la découverte de la Slovaquie mais pour le moment : place à la Hongrie.

 

Samedi 16 Juin

 

Nous arrivons donc de nouveau en Slovaquie, sous le soleil cette fois. (Rappelez vous à Bratislava , c'était le déluge) Pas de panneau d'indication pour nous dire que nous avons changé de pays. Nous nous repérons grâce aux plaques d'immatriculation des voitures de nouveau.

 

Nous repassons donc à l'Euro, et à une langue que nous ne connaissons encore pas. Je pense que nous n'aurons pas le temps d'en apprendre beaucoup car nous ne resterons en Slovaquie seulement 2 Jours.

 

Nous passons un petit village, à l'entrée duquel nous découvrons , étonnés , un bidonville. Les gens vivent dans de minuscules maisons de tôle sur de la terre battue, ces abris sont tous collés les uns aux autres , le linge sèche sur de grandes cordes, et les habitants sont dehors, une grande concentration d'hommes, de femmes et surtout d'enfants semblent vivrent dans ce petit et vétuste espace. Étrangement, quelques mètres plus loin dans ce même village, nous verrons de grandes maisons, avec des jardins bien tondus, et de beaux portails. Le contraste entre les deux est saisissant. Tellement de disparité dans un seul et même village …

 

Nous observons ,depuis la Hongrie déjà, deux catégories de populations. Il y a les «blancs», qui vivent dans de belles et grandes maisons, dont la vie semble aisée ou en tout cas, confortable. Et il y a ces populations, que Laszlo appelait les «gypsy», des gens aux peaux plus bronzées que l'on qualifierai de population Roms en France. Eux vivent dans des maisons délabrées ou des bidonvilles, et même ici , malheureusement, les gens semblent s'en méfier. Ce sont eux pourtant qui nous ont fait le plus de signes et de sourires lors de notre passage dans leurs villages.

 

J'aurai envie de découvrir ces populations et de me mêler à leur quotidien pour comprendre.

 

 

 

En Slovaquie, dans les rues, il y a de grands hauts- parleurs, au début je pensais que c'était pour l'appel à la religion, ou encore en cas d'appel à la population. Mais c'est à 11h pile , que nous entendons John Lennon chanter « Imagine »... incroyable. C'est une chanson que j'adore et qui est tellement forte de sens... Nous chanterons à tue tête ( en yaourt) dans les rues Slovaques en pédalant. Ça nous remet du baume au cœur. Nous n'en oublions pas nos douleurs aux fesses qui ressurgissent maintenant depuis hier. Aujourd'hui, ça grimpe et c'est un peu difficile. Nous sommes fatigués de l’accumulation des jours de pédalage mais les paysages Slovaques sont montagneux. C'est beau et on adore …

 

Arrivés à Presov, après 82km, nous avons besoin de repos et de sommeil, Jojo décide de prendre une chambre dans un petit hôtel miteux. Nous pouvons prendre la douche et faire nos besoins en même temps tellement l'espace est petit, et on en rigole. Les lits sont durs. Mais on a des prises pour charger nos téléphones, un toit sur la tête, internet pour donner des nouvelles et c'est tout ce qui compte.

 

AH, on aurait aussi voulu faire des courses mais malheureusement, ici tous les magasins sont fermés le samedi après 12h, et on ne le savait pas. Ils n'ouvriront que Lundi matin à 6h, en attendant nous irons commander au kebab du coin , qui lui est ouvert, tant bien que mal car nous ne parlons pas la même langue.

 

Dimanche 17 Juin

 

Après une nuit reposante, sans stress de se faire déranger en pleine nuit et sans bruit ( mis à part celui des voitures derrière les fenêtres) nous dormirons profondément jusqu'à 7h30.

 

Aujourd'hui nous allons monter, sur 66kms (et nous n'en ferons pas plus) un peu plus de 500 mètres. Le soleil est de nouveau éclatant ,il y a une légère brise, ce qui nous aide à ne pas succomber à cette chaleur.

 

Nous croisons beaucoup de gens, endimanchés, qui vont à la messe. D'autres vont faire leurs courses ( car finalement les magasins sont ouverts aujourd’hui … , à Presov, ce n'était pas le cas)

 

Nous croiserons aussi des jeunes garçons, avec leurs seaux, perchés dans les cerisiers.

 

A midi, nous nous arrêtons dans un petit village, sur une place. Comme à notre habitude, et surtout lorsque nous faisons cuire des aliments avec le réchaud, les gens regardent et se retournent. On fini par ne plus faire attention et faire comme si c'était tout à fait normal. Enfin pour nous , ça l'est.

 

Un jeune couple vient s'asseoir sur le banc à côté de nous, ils mangent une glace. Le jeune homme, à l'attitude provocante, adoptera une position que j'appelle « le mâle dominant » ( face à nous, les jambes écartées , dont une sur le banc, le buste droit et fier) comme pour nous signifier qu'on est «  chez lui ». En tout cas c'est comme cela que nous l'avons ressenti. Ça faire rire la jeune fille. Ce genre d'attitude a le don de m'énerver et de me mettre mal à l'aise. Nous mangerons en faignant de ne pas les voir. Pourquoi ? Avait il envie d'impressionner sa copine ? Nous ? Est-ce une manière malhabile de rentrer en communication avec nous ?

 

Ils finiront par partir sans nous dire un mot, nous écourterons la pause de midi et partirons à notre tour, tout juste après avoir mangé.

 

Cet après midi,les paysages sont splendides, nous sommes entourés de montagnes, et parfois, nous avons l'impression d'être seuls au monde. Puis le passage rapide des voitures ( peu nombreuses sur cette grande route) nous rappelle qu'il faut rester vigilants. Ça grimpe fort mais la beauté du paysage nous ferait presque oublier la difficulté de la montée.

 

Nous dépasserons aujourd'hui, depuis bientôt un mois de voyage, les 2 000 km.

 

Nous arrivons un peu avant 16h à Stara Lubovna. Nous avions vu qu'il y avait un village médiéval et un château et qu'il était possible de dormir au village médiéval, nous n'avons pas trouvé de tarif mais nous allons tenter notre chance en espérant que ce ne soit pas un prix exorbitant.

 

C'est chouette, des barricades et une tour de guet entourent le village médiéval. Il y a des grandes tentes blanches, qui me font penser au dessin animé Robin des bois, une dizaine des jeux « d'époque » , des chèvres, chevaux, canards, lapins...

 

C'est 5€ par personne pour dormir. Pas pour dormir dans sa propre tente, mais pour dormir dans une grande tente au style médiéval, avec des lits sur des malles en bois. C'est loin d'être excessif et après 18h , il n'y aura plus personne. Nous acceptons et nous retrouvons à installer nos affaires dans cette grande tente, dans laquelle il y a 6 lits, mais nous serons seuls. Une tente plus loin, deux autres cyclotouristes que nous avons vu un peu plus tôt dans l'après midi.

 

Malheureusement nous nous rendrons compte que ces animaux n'ont pas forcément beaucoup d'espace. Seules les chèvres sont en liberté la journée mais à côté, un petit chien attaché à une laisse qui ne lui donne pas beaucoup de liberté de mouvement. Une fois le parc fermé et le repas pris, Jojo décidera de le promener un peu, de lui changer sa bassine d'eau pour une propre et fraîche et un peu d'amour. Ils sont tous les deux ravis.

 

Nous rejoindrons nos lits très tôt, avant même que le soleil ne se couche.

 

Demain, nous passerons la frontière Polonaise.

 

 

 

Au moment ou nous commencerons à nous assoupir, j'entends une voix féminine, qui semble demander quelque chose dans une langue que nous ne reconnaissons pas. Nous sortons de la tente et derrière le grillage, une femme , un homme et deux chiens. Ils sont polonais, ils marchent en direction de la Slovaquie et souhaitent savoir s'ils peuvent dormir de l'autre côté. Je leur explique que le propriétaire n'est pas là mais qu'il y a deux chien à l'intérieur ( le petit que Jojo a promené et un gros chien qui surveille la maison médiévale et qui aboie à chacun de nos pas, pourtant loin de lui. ) Qu'ils peuvent rentrer prendre une douche. Ils sont exténués, ils resteront dehors, je lui donnerai de l'eau pour les chiens.

 

Lundi 18 Juin

 

En commençant cette journée je me suis dit que n'allais sans doute avoir rien à raconter mis à part ma démotivation à pédaler du jour, mais en fait, si .

 

Aujourd'hui , il fait plus frais qu'hier et nous garderons les manteaux sur le dos malgré les dénivelés qui nous feront transpirer.

 

Ce que je redoute depuis le début arrive, les chiens dans les jardins aboient et courent le long des barrières, je prie pour qu'aucun n'arrive à sortir et vienne me croquer les mollets. Nous croisons aussi des chiens errants qui auront finalement plus peur de nous que l'inverse, heureusement pour moi qui en suis presque phobique.

 

Après quelques kilomètres nous passons la frontière polonaise...